En 50 ans, le Groupe Thomas & Piron s’est imposé comme leader wallon de la construction et de la promotion immobilière.
Son fondateur Louis-Marie Piron, et le président exécutif François Piron, sont les Invités de la Rédaction. Ils reviennent sur leur parcours, leur vision, et les défis qui pèsent sur le secteur de la construction. 

L’année 2026 marque le cinquantième anniversaire du Groupe Thomas & Piron, leader wallon de la construction et de la promotion immobilière. Forte de 3000 salariés, l’entreprise de Our (Paliseul) a étendu sa présence en France, en Suisse, au Portugal, ainsi qu’au Grand-Duché, “dont le développement a marqué un tournant pour la société”, reconnait Louis-Marie. 

  • Louis-Marie Piron, vous êtes le fondateur du Groupe, on reviendra sur l’histoire. Vous êtes et restez l’actionnaire principal, mais vous vous êtes retiré de la gestion exécutive il y a une dizaine d’années pour remettre les clés à votre fils François.
    Que Thomas & Piron reste dans la famille, c'était pour vous une évidence, un souhait profond ou… une nécessité ?

Louis-Marie Piron :  “Pour moi c’était une évidence, oui, mais on ne peut jamais garantir une évidence. Que l'histoire se mette en place et que François puisse me succéder, c'est effectivement le rêve que je nourrissais. Même si je n'osais pas tellement l’exprimer. Mais bon, ça fait plus de 20 ans qu'il est là, tout à fait à même de poursuivre l'histoire que moi, j'ai démarrée il y a 50 ans” 

  • Et pour vous, François Piron, ça allait de soi cette reprise ?

François Piron : “Je ne me suis jamais posé de question. Je ne me suis jamais mis une pression excessive en me disant qu'il fallait absolument succéder à mon père. 
J'ai évolué au fil du temps, chaque fois dans mes fonctions, en essayant de faire de mon mieux. J'ai été conducteur de chantier, manager de zone, j'ai été directeur de production, j'ai dirigé pendant dix ans la partie “maison”. Et puis au fil du temps, c'est devenu  une évidence.”

  • Même si la transmission se fait naturellement, il y a une présence qui reste là, toute proche.  Ça se passe comment ?

François Piron : “Disons qu'il a fallu, évidemment, trouver ses marques. Arriver à céder la main, ce n'est pas quelque chose d'évident, quand on est dedans depuis l’âge de 18 ans, qu'on est à la base de toutes les décisions qui ont été prises… Il a fallu qu'on trouve notre équilibre. Mais maintenant, j'ai monté ma propre équipe, je me suis entouré des bonnes personnes.
Et il est toujours là pour jouer le rôle de conseiller. C'est important pour moi, c'est important pour mon équipe de ne pas reproduire les erreurs du passé, d'essayer de continuer à évoluer en pouvant compter sur lui.” 

Louis-Marie Piron : “Au début, effectivement, ça fait un peu bizarre. Mais très vite, j'ai compris qu'il fallait petit à petit qu'il puisse prendre ses marques et que moi, je puisse me mettre en recul par rapport au day-to-day, ce que j'ai fait maintenant et ce que je fais tout à fait. Même si certains jours, je me pose des questions, je crois que c'est comme ça que ça doit aller. Ça fait partie du futur et ça fait partie de la transmission”. 

1976-2026 : 50 ans de croissance

  • L’ histoire, revenons-y,  a commencé en 1976, il y a tout juste 50 ans. Vous sortez des études. Vous n'étiez pas du tout destiné au monde de la construction. Et puis on vous offre une maison familiale qu'il faut retaper. Là, c'est le déclic.

Louis-Marie Piron : “Effectivement, quand j'ai rénové cette maison qui m'avait été donnée par mon grand-père, je ne connaissais pas le métier. Puisque j'étais là avec un maçon local qui a aidé à faire le travail (Charles Thomas, ndlr, qui a continué à travailler comme salarié dans l’entreprise). Et c'est là que je me suis dit « Tiens, c'est quand même quelque chose qui me plaît. On voit ce qu'on fait. » Donc je ne sais pas vraiment l’expliquer, mais c'est là, je pense, où j'ai trouvé ma vocation. Et c'est là que tout a démarré en réalité” 

  • Quel regard portez-vous maintenant ? 

Louis-Marie Piron : “Au début, on n'imagine pas du tout où ça va mener, bien entendu. C'est une toute petite entreprise. Je compare souvent au bonhomme de neige qu’on monte quand on est enfant. La boule de neige au début est vraiment toute petite, toute petite, toute petite. Et puis à un moment, elle atteint un certain diamètre et grossit de plus en plus vite.
C'est ce qui s'est un peu passé avec notre entreprise. Après une dizaine d'années, les choses se sont mises en place. Il y avait un peu plus de moyens puisque l'argent qu'on avait gagné était resté dans l'entreprise. Et comme on a toujours tout laissé, on a pu développer l'entreprise”

  • François Piron, aujourd'hui, vous héritez non seulement d’une entreprise,  mais d’une véritable holding structurée autour de plusieurs filiales.

François Piron : “Tout à fait, on est extrêmement diversifié. On est dans pratiquement tous les métiers de la promotion et de la construction. Ça va de la maison unifamiliale aux grands immeubles, la rénovation unifamiliale, la réhabilitation des grands ensembles, la rénovation du patrimoine, la promotion immobilière en Belgique, mais aussi au Grand-Duché, en France, au Portugal. On est présent également en Suisse, on fait du génie civil, des travaux publics. On construit pour le compte d'autres promoteurs également. OPn s'est relativement bien diversifié.

  • Vous avez parlé de la France, de la Suisse. Ce sont deux pays, notamment, où vous avez racheté des entreprises. Ce sont les opportunités qui créent le besoin ? Ou avez-vous ciblé ces pays-là et cherché le moyen d'y entrer ?

François Piron : “À l'époque, ça a été l'opportunité. Maintenant, on essaye de définir vraiment une vision, de structurer les choses et de continuer notre croissance dans le périmètre de la vision qu'on a définie”.

  • Et ce périmètre-là est limité aux pays cités, où il y a une intention d'aller plus loin encore ?

François Piron : “On sort de deux, trois années compliquées où il a fallu gérer la crise. Maintenant, on s'attelle vraiment à structurer les choses, à essayer d'avoir encore un meilleur reporting, d'avoir une vision claire sur nos différentes activités au moment T, au moment le plus rapide possible pour prendre les bonnes décisions. Et quand le contexte sera un peu plus favorable, ma volonté c'est de continuer à développer effectivement”. 

  • Vous avez aussi racheté des entreprises en Belgique, mais dans des domaines qui  construction de maisons traditionnelles, qui était votre métier de base, je pense à Galère notamment. C'est pour ouvrir à de nouveaux marchés, des marchés publics ?

François Piron “Oui, en génie civil et travaux publics, effectivement. On était un peu présent aux travaux publics, pas du tout en génie civil. C'est clair que Galère nous a permis de compléter notre panel d'activités. C'est une entreprise qui était reconnue avec des dirigeants et une équipe de cadres de haut niveau.

  • Pour vous, Louis-Marie Piron, la croissance d'une entreprise telle que la vôtre, c'est un moteur ou un objectif en soi ?

Louis-Marie Piron “Je pense que c'est les deux. Dans une entreprise qui n'a pas de croissance, les gens commencent à s'ennuyer et cherchent ailleurs. En revanche, dans une entreprise qui se développe, le personnel voit qu'en interne il y a moyen de bouger, il y a moyen d'avoir accès à d'autres postes. Une entreprise doit évoluer, elle doit se développer, autrement elle est morte.

  • En 2025, l'entreprise affichait un chiffre d'affaires de  965.000.000, et une croissance de 10%. Vous atteindrez la barre du milliard, en 2026, 2027 ? 

François PironEn tout cas, ce n'est pas une fin en soi. Faire du chiffre d'affaires sans résultat, ça nous fait une belle jambe. Donc oui on y arrivera probablement, on flirtera avec le milliard cette année-ci. Mais l'objectif c'est d'avoir une croissance qui continue à être maîtrisée tout en mettant toujours sur le marché des produits de qualité et non pas de faire du chiffre d'affaires pour faire du chiffre d'affaires.

Autonomie, souplesse, investissements : le secret de la résilience face à la crise

  • Le contexte économique est fortement perturbé. Il y a eu d'énormes soubresauts sur ces 10 dernières années avec le Covid, plutôt favorable au secteur de la construction, suivi tout de suite après de la guerre en Ukraine, puis maintenant de la guerre au Proche-Orient, et des taux d'intérêt qui explosent. Comment fait-on pour s'adapter ? Le secret de la résilience au niveau de votre groupe, c'est quoi ?

François PironC'est clair qu'il faut être extrêmement agile. Les modèles doivent évoluer. On sait que le secteur de la construction est un secteur avec beaucoup d'inertie. Mais chez Thomas & Piron, chez Galère, dans d'autres groupes, on essaye d'être extrêmement proactif par rapport à tout ça. Essayer d'être toujours à l'écoute du marché, de mettre des produits qui sont adaptés parce que les moyens financiers des candidats à l'achat, des candidats bâtisseurs, ne sont pas infinis.

Ça nécessite de travailler sur les concepts, de travailler sur les standards, mais aussi de travailler en back office par rapport à tout ce qui est processus administratif qui gravite autour de notre métier. On réfléchit beaucoup à l'intelligence artificielle, à la transformation digitale.

  • Louis-Marie Perron, quel a été le moment de crise le plus difficile à gérer, le plus dangereux pour la stabilité de l'entreprise ? 

Louis-Marie Piron : “c’est la crise qu'on est en train de vivre pour l'instant et depuis la guerre en Ukraine. Ce type de crise-là, je ne l'ai jamais connu.
Quand on a démarré, bien entendu, c'était difficile. Il y a eu la crise de 2008, mais ce n'est pas du tout à comparer avec ce qu'on vit maintenant.

  • Elle vous touche à quel niveau ? 

Louis-Marie Piron: “Elle nous a touchés du jour au lendemain. On a dû encaisser des augmentations très fortes de matériaux, des augmentations très fortes de main-d'œuvre, de l'énergie qui augmentait. Tous les éléments étaient là pour paralyser le développement de l'entreprise. Heureusement, nous, on est diversifiés. Ça nous a permis de passer le cap sans problème.

  • Il y a aussi un capital détenu à 100 %. C'est aussi ça, la force ? Une forme de souplesse qui vous permet d'investir au bon moment, quand vous le voulez.

Louis-Marie Piron “Oui, parce que les décisions sont rapides. À partir du moment où on est seul actionnaire, on est seul à décider. Entouré d’une équipe, bien entendu, mais les décisions sont très rapides.

François Piron “La force qui aurait pu être notre faiblesse est notre main-d'oeuvre intégrée. Pendant les 2-3 dernières années, quand les ventes sont devenues beaucoup plus difficiles, on a continué à construire sur nos propres projets, sans clients. On est monté jusqu'à 400 unités terminées sans clients pour maintenir nos hommes à l'ouvrage. Parce que notre main-d'oeuvre, c'est notre plus grande richesse. Si on n'avait pas fait ça, on aurait dû commencer à licencier. 

  • Et ça a permis de répondre à une évolution de la clientèle, plus nécessairement prête à investir, tôt, sur plan, et qui a besoin de voir le produit fini avant d'acheter ? 

François Piron “Le fait d'avoir des produits finis ou quasi finis est de nature à rassurer les gens puisqu'ils s'engagent sur une durée beaucoup plus courte avec le promoteur ou le constructeur. Et effectivement, l'année passée, c'était une partie de notre succès : nous avons réalisé de nombreuses ventes de produits finis.

Faire face à la critique 

  • Vous êtes sur des projets importants de lotissements :  600 logements prévus du côté de Schoppach (Arlon), 200 en projet au centre de Paliseul. Comment concilier cette nécessité de logement avec la présence de riverains, qui ont le sentiment de subir une pression, un changement de paysage, un changement de quartier ?

François Piron C'est certain que ce n'est jamais facile. Tout le monde est conscient qu'il y a besoin de logements, mais personne ne le veut à côté de chez lui. Ce qu'il faut, c'est des pouvoirs publics forts, qui sont conscients des enjeux et qui ne cèdent pas à la facilité de vouloir faire plaisir à tous les électeurs, mais qui réfléchissent à l'intérêt économique de leur région. Ce n'est pas toujours facile, mais on essaie de dialoguer au mieux avec la population. Évidemment, quand on développe un projet de plus de 100 logements, ça fait peur. Il faut qu'il y ait des contreparties.
On essaie en tout cas de faire comprendre qu'on n'est pas là pour défigurer, qu'on est là pour essayer de mettre sur le marché du logement qui soit accessible, de faire en sorte que les gens qui sont nés dans leur commune puissent rester dans leur commune. Ce sont des enjeux importants.

  • On a parlé de diversification. Vous avez investi aussi dans votre région, à Our, notamment dans des restaurants, mais aussi dans des boulangeries, dans des maisons d'habitation. Dans une interview que vous avez accordée dans l'écho récemment, vous dites “On a rendu beaucoup à la région, mais on n'en a jamais eu de merci”.  Il y a une forme de ressentiment ?

Louis-Marie Piron “Oui, parce que de tout temps, malheureusement, en Wallonie, quand on est entrepreneur, quand on crée quelque chose, quand on se développe, on n'est pas toujours considéré pour ce qu'on fait. Alors que la région a vraiment besoin d'entrepreneurs, elle a besoin de gens qui se développent, elle a besoin de gens qui créent des emplois. Quand je vois, au travers des années, tout ce qui a été fait dans la région, toute proche, je peux parler de la commune de Paliseul, et environ, on n'en a pas nécessairement les remerciements”

  • Qu'auriez-vous aimé recevoir comme remerciements ? Qu'est-ce qui vous a manqué, quand vous dites ça ?

Louis-Marie Piron “Qu'il y ait moins de critiques… Les gens critiquent sans jamais connaître ou sans connaître le fond de l'histoire. Pour celui qui est à la base du projet, ça ne fait jamais plaisir, de de voir tout le temps se battre.  Travailler, c'est déjà une chose, mais devoir en plus se battre pour pouvoir travailler, c'est encore beaucoup plus compliqué.

  • Ces critiques, vous les avez essuyées, dès votre prime jeunesse, Louis-Marie Piron. Vous rappelez facilement que vos professeurs vous décrivaient comme un cancre, indiscipliné, bon à rien.
    Est-ce une manière pour vous d’adresser un message aux élèves actuels ?De dire que tout est possible et qu'il faut croire dans ses rêves.

Louis-Marie Piron : “Tout est possible, il faut être entreprenant. Par contre, l'enseignement ne sensibilise peut-être pas assez au fait qu’il faut vouloir avancer, il faut vouloir entreprendre des choses, il faut être entrepreneur. Tout le monde ne peut pas l'être. Mais je pense qu'il y a quand même beaucoup de gens qui, s'ils étaient sensibilisés, pourraient le devenir. C’est la base du tissu économique.
Que ce soit une petite, une moyenne, une grande,  ce sont toutes ces entreprises qui composent le tissu économique.

  • François Piron, l’enseignement tente d'évoluer, de revaloriser les métiers manuels. Pour autant, la pénurie est toujours bien là. A tel point que vous devez mettre des formations en interne. 

François Piron : “On peut dire qu'on a vraiment un service ressources humaines qui déborde d'idées. On a des partenariats avec les écoles professionnelles, avec les universités, avec l'IFAPME, avec le Forem. On est extrêmement créatifs par rapport à notre marque employeur.

On va lancer une campagne qui s'appelle « Pose ton nom » au mois de septembre, pour essayer que les gens s'identifient à l'entreprise, qu'ils se rendent compte qu'on fait un beau métier.
Vous dites qu'on essaye de revaloriser l'image des métiers du bâtiment, mais je trouve que ce n'est pas encore suffisant. On voit qu'il y a pas mal de personnes qui sortent du métier ou qui ne veulent plus y rentrer. On a de plus en plus de mal à avoir des jeunes qui viennent en contrat d'apprentissage dans nos équipes. Or, s'il y a bien une chose qui sera difficilement remplaçable par l'intelligence artificielle, ce sont les métiers manuels.”

Changement climatique : les enjeux de la rénovation

  • L’été 2026 a été marqué par les incendies, par la sécheresse, par le changement climatique, conséquences des émissions des gaz à effet de serre. On sait que le secteur de la construction est un des plus gros consommateurs d'énergie fossile. La construction, pour vous, est-elle  un problème ou une solution au changement climatique ?  Ou les deux à la fois ? 

François Piron : ”Ce qui est certain, c'est que pour pouvoir investir dans la planète, il faut que les gens aient des revenus, donc il faut que l'économie tourne. Il faut que les couches réglementaires qu'on nous impose soient limitées. Parce que si vous avez 100 dans votre portefeuille et que pour vous nourrir, il faut 95, il ne reste plus beaucoup d'argent pour consacrer vraiment à l'environnement.
J’ai parfois le sentiment que l'on attaque le problème de la mauvaise manière. Pour moi, le logement neuf est quand même une réponse. Les logements neufs dégagent peu de CO2. Mais on a un parc de logements secondaires qui est colossal par rapport au neuf.”

  • C'est tout l'enjeu de la rénovation...

Louis-Marie Piron: Mais souvent les gens qui possèdent ces logements non adaptés n'ont pas les moyens de les rénover. Donc là, il faudra aussi trouver des solutions. Les pouvoirs publics devront s'impliquer “

François Piron : “On a diminué les droits d'enregistrement sur ces logements secondaires en les passant de 12,5 à 3 pour les premiers accédants. Mais on n'a pas assorti à cette diminution des droits d'enregistrement, des obligations de rénovation ou d'amélioration de la PEB. Donc il y a quand même quelque chose qui n'est pas logique par rapport à tout ça.”

Place à la deuxième génération 

  • François Piron, vous avez dit en interview, “j'ai envie de marquer l'histoire de ma patte”. Ce sera quoi demain “la patte” de François Piron, au sein du groupe Thomas et Piron ?

François Piron : “On dit toujours que la deuxième génération stabilise. Je veux aller plus loin que stabiliser. Je veux vraiment une entreprise qui reste avec un ADN 100% familial, tout en continuant à se développer. Arriver à développer le groupe en gardant cet ADN, ça c'est mon objectif. Et c'est comme ça, que je marquerai ma patte.

  • Louis-Marie Piron, ça vous rassure ?

Louis-Marie Piron : “Oui, je suis rassuré et je suis certain qu'il est capable de le faire. Absolument certain. Je dors sur mes deux oreilles de ce côté-là. Si j'étais à sa place, c'est la vision que j'aurais, et qu'il faut avoir pour assurer la pérennité du groupe”.