Créés en 1976 lors de la fusion des communes, les CPAS sont perçus comme le dernier rempart dans la lutte contre la précarité. 
A 50 ans, entre réforme des allocations de chômage et projet de fusions, les CPAS vivent un tournant majeur.  

A l'occasion du salon Municipalia, L'Invité de la Rédaction est accueilli sur le stand de l'Union des Villes et Communes de Wallonie, et reçoit Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie et Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne et membre du comité directeur de la fédération. 

En 50 ans, les CPAS ont évolué, ont changé de métier, ont changé de public.

"A l'époque, il y avait ce qu'on appelait 8000 minimexés pour l'ensemble de la Belgique, aujourd'hui c'est 174 000. Rien que ces deux chiffres là montrent l'évolution de notre institution qui a effectivement beaucoup beaucoup changé. A la fois en termes de public, on s'est fortement diversifié : pendant très longtemps les CPAS accueillaient les sans-abris, les sans-papiers, les sans logements, les sans-emplois et de plus en plus on voit maintenant qu'on accueille des étudiants, des travailleurs pauvres, des chômeurs exclus"
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie

On avait prédit,  avec la réforme du chômage et la limitation dans le temps des allocation, un afflux de personnes vers les CPAS. Est-ce que ça se confirme au niveau de la Wallonie ? 

"Oui en effet. Avant même l'entrée en vigueur de la réforme, on avait attiré l'attention. Si on se base sur l'expérience de 2015 avec la fin des allocations d'insertion pour les jeunes, on a prédit que 30 à 35 % arriveraient chez nous en CPAS. Pour l'instant on est au-delà, on on est plutôt entre 40 et 50 %. Ce qui signifie que les estimations qu'on avait faites étaient des estimations basses, qui malheureusement aujourd'hui se confirment"
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie

Sur base des prévisions du SPW et de l'Action sociale, on annonçait le nombre de 1100 personnes exclues du chômage qui allaient frapper à la porte des CPAS en province de Luxembourg. A Bastogne on avait estimé à 112, le nombre de demandes de RIS, est-ce que ça se confirme ?

"Le nombre d'exclusions sur Bastogne était normalement de 289. On est plus ou moins dans cette règle du tiers, donc un peu moins que ce qu'on constate en région wallonne. Sans doute dû au fait qu'on est encore dans une région où le taux d'emploi est encore bon, sans être magnifique, mais il est encore bon par rapport à d'autres régions. Par contre on voit une augmentation des aides sociales, les aides urgentes, où là par rapport à l'an dernier, on a 28% d'aides sociales, d'aides urgentes en plus. Ce n'est pas négligeable parce que ça demande un gros travail de la part des instances sociales.
Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne 

Croisée sur le salon Municipalia, la présidente de CPAS d'Aubange Catherine Habaru expliquait sa crainte de voir les gens attendre la dernière minute pour frapper à la porte, répercutant le travail sur d'autres services, comme le service de médiation de dettes. 

"Oui, c'est un phénomène assez connu, c'est le phénomène d'effet de retard. C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui attendent la dernière minute pour venir. Avant cela elles font fonctionner ce qu'on appelle les solidarités intra-familiales, vers les amis, ou qui simplement ont du mal à réaliser ce qui va se passer. Jusqu'au moment où, comme on dit souvent, elles ne touchent plus."
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie

Il y a pratiquement un an, jour pour jour, c'était le 24 avril 2025, le personnel des CPAS descendait dans les rues en province de Luxembourg, c'était à Virton, pour manifester leurs craintes par rapport à cette réforme, la surcharge de travail. A Bastogne, avez-vous dû renforcer les équipes ?

"Oui, tout à fait. Jusqu'à présent, c'est ce qui nous a permis de passer le cap sans trop de difficulté. On avait anticipé les mesures, on avait engagé du personnel en prévision. 
Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne
"L'insertion socioprofessionnelle est une mission dite facultative au CPAS. Ce n'est pas le coeur du métier mais ça l'est devenu au fil des années,  et ça le devient de plus en plus"

Est-ce qu'au travers de cette réforme, on ne reporte pas de plus en plus le poids des prises en charge sociales sur les communes ?

"Oui, d'abord par rapport au caractère historique, c'est une vérité. Je pense qu'en Belgique on n'a jamais eu un cas de figure où une administration, quelle qu'elle soit, va augmenter de 40% ses usagers. Le deuxième élément, c'est qu'on a calculé qu'en juillet 2027 on aura inversé la courbe : il y aura plus de personnes allocataires sociales au CPAS que de personnes au chômage. Il y a 50 ans, l'institution était dite résiduaire : elle intervenait comme dernier filet. Maintenant on devient presque la porte d'entrée"
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie 
"On assiste inévitablement à une précarisation de la société. Et pour revenir à ce qu'Alain disait, je pense que tout le monde est de bon compte pour dire que les mesures d'incitation à revenir sur le marché du travail, étaient nécessaires. Mais c'est vrai que les conséquences pour les pouvoirs locaux, elles vont être très importantes"
Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne

L'autre réforme dont on parle beaucoup est l'intégration des CPAS dans les services communaux. Comment se positionne la fédération ?

"Nous ne sommes pas contre une évolution de l'institution, mais pas jusqu'à la fusion. 

Dans le contexte actuel, préparer une telle réforme, serait un travail énorme. Nous sommes pour une temporisation de la réflexion. Le deuxième élément, c'est que nous sommes très très attachés à la préservation de tous les mécanismes d'aide sociale. De notre point de vue, si on intègre complètement les structures, en ce qui compris au niveau des instances politiques, conseil communal, conseil de l'action sociale, on fait courir un risque sur la protection sociale universelle, et ça c'est très important"
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie 

A Bastogne, toutes les matières sociales sont revenues au CPAS...

"Tout à fait. Ça remonte à plus de dix ans, on avait réalisé une étude des différents services. Pour amener plus d'efficacité dans le service aux citoyens, nous avions pris le pas de ramener toutes ces matières sociales, qui touchent à l'humain, au sein du CPAS, parce qu'on estimait, au niveau du collège, que c'était là qu'elles étaient le mieux rendues.
Et je dois dire qu'aujourd'hui, ça fonctionne plutôt bien. Je crois que les gens n'ont plus peur, justement de passer la porte du CPAS. Ils viennent pour leur enfant inscrit dans une crèche, ils viennent pour les repas à domicile. Quelque part, on déstigmatise l'image du CPAS. 
Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne

Et puis à Bastogne, avec la fusion des deux anciennes communes,  les équipes de deux CPAS ont été réunies... Quel regard portez-vous ?

"Selon moi, les CPAS, aujourd'hui, doivent avoir une taille critique, et cette taille critique, elle n'est pas rencontrée dans beaucoup de communes.  Sur la commune de Bertogne, historiquement, il y avait en tout quatre personnes, amenées à faire un peu de tout. Le regroupement permet de développer des nouvelles politiques et de spécialiser le personnel"
Jean-Michel Gaspart président du CPAS de Bastogne
"Le modèle qui a été développé à Bastogne, je ne dis pas ça parce que Jean-Michel est là, mais est intéressant à double titre. On a le sentiment que fusionner les structures dont c'est le même métier est plus facile. Le deuxième élément, est qu'ils ont rassemblé les politiques sociales au sein du CPAS.  L'effet cumulé des deux, effectivement, est quelque chose qui est vraiment intéressant. Et que nous préconisons"
Alain Vaessen, directeur de la fédération des CPAS de Wallonie