Par an, Solarec collecte, auprès de ses 1950 éleveurs-coopérateurs, 1,6 milliards de litres de lait, dont les trois quarts sont transformés en poudre et en beurre. 
Mais la laiterie entame un virage important : elle investit 145 millions, pour réduire la part de poudre, et proposer de nouveaux types de fromages et de crèmes et lait UHT.

Le changement s’est aussi opéré à la tête de l’entreprise.
En septembre dernier, les coopérateurs ont désigné une nouvelle direction tricéphale : 
- Geoffrey Paulus,  Directeur Général de Solarec
- Benoît Hoscheit, Directeur Général de la Laiterie des Ardennes
- Patrick Georges, Directeur Industriel du Groupe

Une brique de lait sur deux vendues en Belgique est produite à Libramont, sur le site de Solarec, aux mains majoritairement de la coopérative Laiterie des Ardennes. 

"145 millions, c'est un montant qui est significatif, supérieur au dernier plan que nous avions eu, dont un tiers concerne Libramont et deux-tiers l'usine de Baudour, que nous avions ouverte en 2017, au départ pour servir d'usine-relais entre les collectes en Flandre et l'usine de Libramont. Mais depuis 2022, nous y avons installé une ligne de mozzarella."
"Pour le moment, nous y produisons 25 000 tonnes de mozzarella. D'ici deux ans, nous proposerons du fromage semi-dur, du Gouda, du Cheddar continental, de Leerdamer, du Maasdam. A Libramont, nous allons développer les produits UHT, lait et crème, et même du lait sans lactose, pour lequel il y a une augmentation de la demande"

L'objectif, c'est une diminution de la poudre, très liée aux fluctuations du marché ? "La poudre va diminuer effectivement. Avec la diversification qu'on opère maintenant, on pourra aller chercher à chaque instant la meilleure valorisation. Si la poudre se valorise mieux, on augmentera à nouveau ce produit là. Mais en parallèle, nous développons d'autres axes pour réduire la sensibilité aux marchés"

Se tourner vers l'Horeca

Aujourd'hui Solarec produit à 80% pour le secteur industriel, 5% sont destinés à l'horeca et aux boulangeries et 15% vont vers la grande consommation, principalement en marque de distributeurs.

"Notre ambition est de réduire notre présence dans le B2B à 60% maximum et d'augmenter notre présence dans l'horeca à 20%. On investit vraiment à ce niveau-là." 

Deux chantiers à 145 millions

D'ici 2030, Solarec aura investit 145 millions d'euros, pour un tiers sur Libramont et deux tiers sur Baudour. Les travaux ont déjà commencé. 

"Le chantier en cours sur Libramont, c'est la construction d'un nouveau hall frigorifique, principalement pour notre stockage de beurre. Mais on pourra aussi y stocker la crème à destination de l'horeca.Aujourd'hui, la plupart de nos capacités de stockage sont externalisées. On veut réinternaliser ça". 
"Sur le site de Baudour, le lancement même de l'usine de fromage, est prévu pour la fin de l'année 2028 avec une montée en puissance pendant l'année 2029."

L'usine Solarec, détenue en majorité par la coopérative LdA

Solarec récolte et transforme 1,6 milliards de litres de lait par an, l'équivalent de deux piscines olympiques par jour.

"92% de l'approvisionnement vient de Belgique et 8% de France et du Grand-Duché. Nos collectes sont sélectives, ce qui nous permet de produire du bio ou du lait français pour le marché français, par exemple. De la même manière, le lait que nous vendons sous la marque "Véritable lait d'Ardenne", nous le collectons uniquement dans la région qui s'étend de la province de Luxembourg, à Ciney et Jalhay" .  
"Il faut ajouter que cette marque "Lait d'Ardenne" procure une meilleure rémunération à nos producteurs de lait. Ce sont quelques cents en plus pour eux."

Nouvelle crise du lait pour les éleveurs 

Depuis la fin 2025, le lait a fortement diminué, passant d'un prix d'achat de 52 centimes le litre à 32 centimes le litre, soit une baisse de 38,5%. Plusieurs explications à ça...

Il y a d'abord le contexte mondial. Depuis le début du deuxième semestre 2025, il y a un afflux de lait sur tous les continents et donc un effondrement des marchés. À titre d'exemple, le prix du beurre, qui était à 7300 euros la tonne, est passé en quelques semaines à 4000 euros la tonne.
Nous vendons 4000 tonnes de beurre par mois, ça représente un manque à gagner de 14 millions d'euros.
Au niveau local, il y a toujours les suites de la fièvre catarale, qui a occasionné des retards de lactation et qui aboutit maintenant à un excédent de lait. Nous avons 15 % de lait supplémentaire par rapport à l'année précédente.
Actuellement, sur nos deux sites de production, nous pouvons traiter 29 millions de litres de lait par semaine et nous en avons 32 millions.
Cet excédent n'est pas bien valorisé actuellement.

Crise au Proche-Orient : favorable et défavorable 

Solarec vend une partie de sa poudre de lait au proche-orient, via le détroit d'Ormuz. Si les clients ont été touchés par une augmentation des charges de transport, la laiterie a bénéficié de quelques achats paniques qui ont  davantage valorisé la poudre de lait. En revanche, la flambée des carburants a pesé sur le coût des collectes.

"On tourne avec une cinquantaine de camions. Actuellement, on est en train d'optimiser les collectes avec un nouveau programme informatique, dans le but de diminuer les kilomètres et d'améliorer le taux de remplissage"

Une nouvelle direction... portée à trois

La nouvelle direction prise par la laiterie s'est accélérée ces derniers mois. Au niveau décisionnel, l'entreprise a confié les manettes à trois directeurs nommés en septembre : Geoffrey Paulus,  Directeur Général de Solarec ; Benoît Hoscheit, Directeur Général de la coopérative Laiterie des Ardennes et Patrick Georges, Directeur Industriel du Groupe.

"Nous avons une vision à 360 degrés, de l'ensemble du groupe. Nous offrons des compétences complémentaires, que ce soit au niveau industriel, commerce, développement des marchés et de la finance".
Au risque de perdre du temps, dans les prises de décision ?
"Non, pas nécessairement. Chez nous, ça va toujours très vite, on se voit plusieurs fois par jour. Et nos administrateurs sont près de nous. Donc, non, il n'y a pas de perte de temps à ce niveau-là".