En souscrivant à l’emprunt wallon Oxygène en 2022, la ville de Saint-Hubert se voit contrainte de revoir drastiquement ses priorités budgétaires.
Dès cette année, la commune se retire de la Maison de la Culture Famenne-Ardenne, bien qu’elle s’y était engagée jusqu’en 2029.
De quoi sera faite l’offre artistique sur Saint-Hubert ? A quelles oeuvres musicales et plastiques les jeunes Borquins seront-ils éveillés ? Quelle place la ville de Saint-Hubert compte-t-elle encore réserver à la culture ? Autant de questions que se posent les acteurs du secteur culturel depuis le vote du budget intervenu le 23 décembre dernier.
Mesures d’économies, augmentations de taxes et redevances, diminutions de primes et subsides… Pour faire face aux investissements programmés et pour répondre aux obligations imposées par la Région Wallonne, la majorité à Saint-Hubert n’a pas fait dans la dentelle.
“Nous n’avons pas le choix. En 2022, l’ancienne majorité a cru bon devoir recourir à l’emprunt Oxygène de la Région wallonne. Aujourd’hui ça nous oblige à devoir respecter toute une série de balises budgétaires, en termes de personnel, d’investissements, de subsides. C’est difficile à imaginer, mais c’est incroyable ce que la Wallonie nous impose… ”, explique le bourgmestre Didier Neuvens.
Des économies dans tous les domaines
Aucun domaine ne semble épargné. La bibliothèque et l’asbl Sport-Culture voient leurs moyens rétrécir ; la Maison de l’Urbanisme Famenne-Ardenne perd ses 1700€ ; le Groupe d’action locale Nov’Ardenne se voit amputé de 2200€. Décisions prises à l’avant-veille de noël. Sans prévenir.
“Ça a gâché la fin d’année”, réagit à chaud la coordinatrice du GAL Nov’Ardenne Aurèle Benoit. “J’ai découvert ça entre les fêtes, personne de la commune de Saint-Hubert ne nous en a informés. Et officiellement, nous ne sommes toujours pas au courant. Nous avons des projets en cours, des engagements sont pris. Comment vont réagir les quatre autres communes du GAL Nov’Ardenne, la Wallonie, l’Europe ? Je ne peux vous répondre”.
Saint-Hubert quitte la MCFA
La décision budgétaire la plus significative concerne un autre service supracommunal : la Maison de la culture Famenne-Ardenne et sa cellule locale Culture en Haute-Lesse.
Pour 2026, la ville de Saint-Hubert a choisi d’économiser 35.000€ et de se désaffilier, purement, simplement, unilatéralement, de la MCFA. “Je l’ai appris le soir-même”, nous confie son directeur Hubert Fiasse. “Je ne vous cache pas que c’est une bien mauvaise surprise. D’autant que c’est la première fois qu’une commune décide de se retirer, comme ça, sans prévenir, en pleine saison culturelle et, qui plus est, au beau milieu du contrat programme qui nous lie toutes, communes, Maison de la culture et Fédération Wallonie-Bruxelles, jusqu’en 2029”.
“Je ne sais pas comment ça va se passer”, ajoute Hélène Bodart, coordinatrice de la cellule Culture en Haute Lesse de la MCFA. “Nous avons programmé toutes les animations pour la fin de saison 2026. Et plusieurs artistes sont déjà signés pour 2027 et 2028”.
Des animations décentralisées dans les communes
Voilà plus de vingt ans que la MCFA a décentralisé une partie de ses équipes et déployé sa cellule Culture en Haute-Lesse sur les communes de Wellin, Tellin, Libin, Daverdisse et Saint-Hubert.
Depuis leurs bureaux à Libin, trois animatrices y développent en partenariat avec les acteurs locaux, “une culture de proximité, de qualité et accessible à tous, favorisant les rencontres et soutenant les associations locales et les initiatives citoyennes”, peut-on lire dans le rapport d’activité.
Culture en Haute-Lesse, ce sont aussi des animations scolaires : cinéma, spectacles, concerts, expositions et médiations en collaboration avec les enseignants… Vingt ans de terrain balayé d’un coup de ciseaux ? Le directeur de la MCFA tente de rassurer “pour le personnel d’abord : la MCFA a les reins suffisamment solides et devra encaisser le coup. Je veux rassurer aussi les artistes et les spectateurs : nous maintiendrons nos engagements et la programmation 2026”. Mais après ?
La Ville met un terme aux doublons
“Nous voulons arrêter les doublons”, explique l’échevin de la culture Laurent Breuskin. “Nous avons une asbl Sport et Culture, qui au passage consacre tout au sport et rien à la culture. Et nous avons surtout le Tiers-Lieux, dont le bâtiment sera bientôt rénové. Le subside que la ville a reçu nous contraint d’y maintenir une activité culturelle pendant dix ans. Nous allons réintégrer son personnel dans le giron communal et y développer nos propres activités culturelles”, ajoute le bourgmestre Didier Neuvens.
Quid du contrat-programme 2025-2029 ?
Pour peu brutal aux yeux des équipes de la MCFA, le retrait de la Ville de Saint-Hubert apparaît néanmoins très hasardeux, en ce qu’il remet en cause sans concertation, l’engagement qu’elle a pris en août 2023 sur le renouvellement du contrat programme pour la période 2025-2029. Lequel contrat la lie financièrement aux 14 autres communes affiliées, à la MCFA, et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui s’interroge.
“Nous allons envoyer l’inspection de la Fédération, pour mieux comprendre les intentions de la commune de Saint-Hubert, et essayer de trouver une solution”, avance Jean-François Füeg, le directeur de l’Action territoriale à la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Sachant qu’en matière de contrat-programme, chaque euro avancé par les communes, est doublé par la Fédération, la MCFA risque-t-elle un effet en cascade ? “On veut éviter la double peine. Si une commune retire des moyens, il n’y a pas de diminution de subventions automatique. Nous essayerons avant tout de trouver une solution, de voir dans quelle mesure la Ville peut continuer à s’investir dans le contrat-programme, peut-être sous une autre forme”, avance Jean-François Füeg.
De son côté, la direction de la MCFA a sollicité une rencontre avec la ville de Saint-Hubert, d’ici à la fin du mois de janvier.