Chiny et Hotton s'estiment lésées par la Wallonie dans les aides qu’elle accorde pour des travaux extraordinaires.
Les deux communes remettent en cause une partie des données qui ont servi au calcul des montants octroyés.
Elles ont introduit trois recours : deux au Conseil d'Etat et un devant la Cour Constitutionnelle.
A l’étage du service des finances de la ville de Chiny, on n’en revient toujours pas.
Dans un courrier reçu du ministre des pouvoirs locaux François Desquesnes, les directeurs financiers ont découvert les montants des aides qu’il octroie dans le cadre de travaux extraordinaires, pour la première fois, repris dans un tableau exhaustif, commune par commune.
"Jusqu'ici nous recevions simplement le montant auquel nous avions droit. Cette année, le ministre a envoyé l'ensemble des montants donnés aux communes. On n'a pas pu s'empêcher d'aller voir ce que les autres recevaient et on a été surpris de découvrir que des communes de taille identique, au profil sociologique comparable, recevaient beaucoup plus que nous"
Antoine Pechon, directeur financier de Chiny
"Certaines communes vont recevoir jusqu'à 400€ par habitant, alors que la commune de Hotton va recevoir 82€ par habitant. Ça nous interpelle."
Séverine Guissard, directrice financière de Hotton
Titillés par ces grands écarts, les directeur et directrice des finances de Chiny et Hotton se sont plongés dans les chiffres et ont essayé de comprendre.
Depuis plus de dix ans, au travers de ses programmes PIC- PICACI désormais appelés FERI, la Wallonie distribue des moyens complémentaires aux communes pour des aménagements de voiries. A Chiny, ces fonds ont servi à financer une partie du nouveau hall des travaux, le raccordement électrique du parking vélo, ou la rénovation de la rue Grignée à Jamoigne. A Hotton, c'est la place Philip Zulli qui vient d'en bénéficier.
S’il est moins élevé que par le passé, 58M€/an, ce fonds wallon aux investissements (Fonds FERI) s’est basé sur les critères déjà utilisés sous l’ancienne législature. Des critères a priori objectifs, de population, de revenus par habitants, et de kilomètres de voiries.
Mais c’est précisément sur ces données "kilomètres de voiries communales" que les choses se brouillent…
"Pour Hotton, la Wallonie a considéré 90km de voiries. Sur Walstat, il y en a 111. Or chaque année dans les comptes qu'on envoie à la tutelle, nous mentionnons 128km de voiries. Et les services techniques provinciaux ont calculé que nous en avions même 133 ! Quelles sont les bonnes ?"
Séverine Guissard, directrice financière de Hotton
Cette différence entre les données communales et celles reprises par la Région s’élèvent pour Hotton à 48%... en sa défaveur. La ville de Chiny a aussi fait ses comptes : 31% de différences kilométriques… à ses dépens !
"Notre sentiment est que, sur ce critère-là, on est grugés. Et nous voulons nous assurer que ce n'est pas le cas"
Antoine Pechon, directeur financier de Chiny
Face à leurs questionnements, et à l’absence de réponses sérieuses de la Région, les deux collèges ont choisi la voie légale, et ont introduit trois recours, deux au Conseil d'Etat et un devant la Cour Constitutionnelle, pour conserver leurs intérêts et contraindre la région à revoir son mode de calcul.
"L'enveloppe est fermée, oui. Sans doute que certaines communes y perdront, mais c'est une question d'équité. Simplement, on ne comprend pas que des communes de 25.000 habitants ont moins que des communes de 2000 habitants"
Sébastian Pirlot, bourgmestre de Chiny
"S'il y a rééquilbrage, peut-être que ça se fera dans une enveloppe fermée.
Peut-être aussi que le gouvernement wallon aura la bonne attitude, à savoir remettre des moyens supplémentaires dans ce fonds.
Parce que le constat est clair : les moyens attribués pour l'entretien des voiries sont nettement inférieurs à ce qui était fixé précédemment"
Philippe Courard, bourgmestre de Hotton
Hotton a ainsi vu sa dotation travaux réduite à 95.000€/an. Chiny à 115.000€/an.
C’est peu au regard du million que la ville de Chiny, à titre de comparaison, devra engager pour le remplacement de conduites d’eau vers l'embarcadère de la Semois.
Mais plus que jamais, les communes sont prêtes à tout pour défendre leurs intérêts.