Indispensables pour la gestion forestière et la santé économique des communes luxembourgeoises, les agents du Département de la Nature et des Forêts vont-ils devoir réduire leurs missions? C'est la direction qui semble s'esquisser suite à la décision du Gouvernement wallon de réduire les effectifs.
Le manque d'effectifs au Département de la Nature et des Forêts n'est pas une nouveauté. Depuis plusieurs législatures (et déjà plusieurs réformes), le cadre des agents forestiers reste bien souvent incomplet. Lors d'une manifestation des services publics en novembre 2025, un agent du cantonnement de Virton le confirmait encore : "On devrait être à 17, on est à 10, il y a beaucoup d'endroits où on manque de personnel et tous les recrutements sont pour l'instant bloqués".
À l'époque un moratoire empêchait effectivement l'engagement de certains membres du personne. Une mesure aujourd'hui levée mais remplacée par les mesures d'économies imposées au Service Public de Wallonie : lors des départs à la retraite seul un agent sur trois sera remplacé.
C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Dans une lettre ouverte la Fédération des agents forestiers et l'amicale des chefs de cantonnement on dit stop : "il ne s’agit plus d’une difficulté passagère, mais bien d’un déséquilibre structurel entre les
missions confiées au DNF et les moyens humains disponibles".
Autrement dit : pas question de faire autant (voire plus) avec moins. Alors qu'une centaine de postes sont manquants, que 40 triages sur 390 sont vacants, les agents du DNF alertent sur les conséquences de ce désinvestissement.
"À court terme, les départs massifs à la retraite - notamment au niveau des triages - combinés à un remplacement limité à 1 sur 3, conduiront mécaniquement à une perte nette de capacité de service, incompatible avec les missions confiées au DNF. (...) Lorsque le DNF n’est plus en capacité d’assurer le martelage, le suivi des coupes ou la gestion territoriale, ce sont des recettes communales qui sont différées, réduites ou perdues, ainsi qu’une fragilisation progressive de l’ensemble de la filière"
En Wallonie 275.000 ha de forêts sont publiques et gérées par le DNF. Elles produisent 2 millions de m3 de bois par an, au profit des communes, cpas ou de la Région wallonne.
Recettes financières générées par le DNF (2025)
93 millions d’euros de recettes totales issues des ventes de bois publics, répartis comme suit :
- Forêts domaniales : 255 600 m³ → 20 millions d’euros.
- Communes : 765 000 m³ → 69 millions d’euros (part la plus importante).
- Provinces : 10 000 m³ → 900 000 euros.
- CPAS : 26 500 m³ → 2,375 millions d’euros.
- Fabriques d’églises : 10 250 m³ → 790 000 euros.
- Autres propriétaires publics : 5 700 m³ → 350 000 euros.
Alertés par la lettre ouverte plusieurs députés ont interpellé le 23 février la ministre en charge de la Forêt, Anne-Catherine Dalcq (MR), sur cette réduction des moyens humains imposée au DNF. Pour la député socialiste, Mélissa Hanus, cette mesure est une "hérésie budgétaire et un coup de poignard pour les communes et les zones rurales". Elle demande à la ministre de revoir sa trajectoire et de reprendre le dialogue avec les agents et directions du DNF.
Sur ce dernier point, la Ministre a clôturé ce mardi une série de rencontres avec les représentants de signataires de la lettre ouverte, ainsi qu'avec les directions du Département de la Nature et des Forêts. Pas question pour autant de revoir la ligne budgétaire et le non remplacement de certains agents. C'est plutôt la priorisation des missions du DNF qui est aujourd'hui débattue.
Une tâche ardue car les missions varient fortement d'une région à l'autre. Une chose est sûre, à l'instar de la forêt face au changement climatique, le DNF va devoir s'adapter. La ministre a néanmoins assuré que l'objectif restait "d'assurer la continuité du service public tout en garantissant que l'impact sur les propriétaires communaux soit le plus limité possible". Elle précise également qu'un "travail spécifique sera également mené afin d'assurer une plus grande homogénéité de l'action du DNF sur l'ensemble du territoire".
Une réponse qui n'a pas vraiment satisfait les députés de l'opposition et qui appelle d'autres interpellations dans les semaines à venir.
Quand on voit qu'une commune comme Libin a réalisé une vente record de 3,7 millions en 2025 , on comprend que la forêt et sa gestion par le DNF reste un enjeu stratégique en Luxembourg. Même si au-delà de l'aspect économique, c'est également un capital environnemental à préserver.