L’origine de l’incendie qui a dévasté les Fagnes pourrait être liée à l’utilisation d’un engin de fauchage mécanique. Pourquoi ces travaux forestiers n’ont-ils pas fait l’objet d’une mesure de suspension ?
La question est d’autant plus interpellante,  qu’en province de Luxembourg, l’interdiction courait déjà depuis... un mois.

L'enquête sur les circonstances de l’incendie qui a emporté plus de 3000 hectares dans les Hautes Fagnes est loin d'être terminée. Le parquet de Liège a ouvert une information judiciaire pour incendie involontaire.

Mais les premiers éléments convergent et laissent à penser que la première étincelle aurait été provoquée par une machine de fauche mécanique

Une enquête de nos confrères la RTBF a permis d’identifier le  point de départ probable de l’embrasement. Et via son porte-parole, la Région wallonne a confirmé cette semaine, que les services du DNF avaient bien mandaté une entreprise agricole pour effectuer le fauchage de certaines parcelles.  

Pourquoi ne pas avoir suspendu les travaux de fauche ?

Au vu de l'intensité de la sécheresse et des températures élevées, la question qui se pose à ce jour est de savoir pourquoi ces types de travaux n’ont pas été reportés à un moment plus judicieux ?

 La question est d’autant plus interpellante qu’en province de Luxembourg, ces types de travaux étaient déjà suspendus depuis… un mois ! 

Le 14 juillet, détail piquant, un mois jour pour jour avant l’embrasement, le gouverneur Olivier Schmitz envoyait une circulaire aux autorités communales, leur demandant “la suspension des travaux de fauchage mécanique réalisés par vos services communaux ou pour leur compte, lorsque ceux-ci concernent des accotements, prairies, friches, talus ou tout autre espace présentant un risque de départ ou de propagation d'incendie.”  

Le document se base sur les relevés de précipitations et les indices de sécheresse, et attire l’attention, dans ce contexte défavorable, sur les risques encourus.

“les travaux de fauchage réalisés à l'aide d’engins mécaniques demeurent susceptibles de provoquer un départ de feu, notamment en raison de la production d'étincelles, du contact de pièces métalliques avec des pierres ou de l'échauffement de certains composants au contact d'une végétation sèche”
Extrait de la circulaire du gouverneur du Luxembourg (14/07/2026)

Dire que le document a fait l’unanimité serait trahir la vérité : “Ça a fait réagir, oui. Plusieurs bourgmestres trouvaient la mesure quelque peu disproportionnée et jugeaient même plus dangereux de ne pas faucher. Dès l’incendie s'est déclaré dans les Fagnes, je n’ai plus reçu de remarques”, souligne Olivier Schmitz. 

 Cette circulaire a été reconduite de semaine en semaine jusqu’à ce vendredi 21 août. 

L’alerte de l’échevin des travaux de Bastogne

Il aura fallu au gouverneur moins de 12h pour prendre sa décision et lancer la circulaire. 

Le point de départ ?
L’alerte donnée par l’échevin des travaux de Bastogne. “Très clairement, l’initiative vient de Jean-Marc Franco. C’est lui qui a interpellé son bourgmestre sur le risque extrême de mener des travaux de fauche en pleine canicule.  Benoît Lutgen m’a aussitôt fait part des inquiétudes.  Le lendemain matin, la circulaire était envoyée. C’est l’exemple parfait de ce qu’on appelle la culture du risque.” 

L’échevin Jean-Marc Franco n’en tire pas fierté.J’ai juste fait ce qui me semblait nécessaire. Il y avait des travaux de fauche à mener, mais quand j’ai vu l’état de sécheresse, je me suis dit que c’était trop dangereux et j’ai remonté l’info”. 

 "La culture du risque", cheval de bataille du gouverneur Schmitz

 Depuis sa prise de fonction le gouverneur Olivier Schmitz a fait de la culture du risque et de la prévention, son cheval de bataille. 

“Nous devons apprendre, chacun à son niveau, chacun dans sa fonction, à apporter ses compétences et à développer la résilience face aux crises.
C’est un état d’esprit vers lequel il faut tendre”
Olivier Schmitz, gouverneur du Luxembourg

 Quand bien même Jean-Marc Franco cherche à relativiser son geste, “Je n’ai pas de mérite”, nous dit-il,  l’alerte “préventive” qu’il a lancée est le bel exemple de ce réflexe à avoir : “Dans l’entreprise pour laquelle je travaille (Elia, transporteur d’électricité à haute tension ndlr), nous entretenons cette culture du risque. Chaque matin nous analysons et réalisons une étude des risques avant de lancer les chantiers. La prévention fait partie de notre job, elle nous est littéralement inculquée”. 

Interdiction de fauchage en Luxembourg : une décision relayée jusqu’à la Région

D’application sur le seul territoire provincial, la circulaire du gouverneur du Luxembourg a été partagée plus largement.  “D’abord auprès des services du SPW qui sont actifs en Luxembourg, comme le SPW Routes et le DNF”, réagit Olivier Schmitz. “Au même titre que les communes du Luxembourg, il leur a été demandé de suspendre les travaux de fauchage”. 

L’initiative a également été évoquée au sein même du centre de crise régional. Réuni toutes les semaines, le centre de crise regroupe des services comme les zones de secours, le DNF, le SPW, et les gouverneurs des provinces wallonnes. Olivier Schmitz y a fait part de sa circulaire ciblant le fauchage mécanique. 

Force est de constater qu’aucun autre n’a jugé bon s’en inspirer.  

Un mois plus tard, la Wallonie subissait le plus vaste incendie qu’elle ait jamais connu en zone naturelle.
"La culture du risque" a encore des progrès à faire...