À la Nuit de la Holstein, à Libramont, les projecteurs étaient braqués sur les plus belles laitières du moment. Mais derrière le concours, les éleveurs parlaient surtout d’une autre réalité: celle d’un prix du lait en forte diminution

"Rose" est la grande championne Holstein 2026. Venue du Grand-Duché de Luxembourg, elle s’impose au terme d’un concours où rien n’est laissé au hasard. Derrière cette victoire, il y a des années d’élevage, des mois de préparation et un travail minutieux mené bien avant l’entrée sur le ring. Son propriétaire, Tom, résume ce qui a fait la différence aux yeux du juge: l’âge, la régularité et la tenue de l’animal.

« C’est la vache la plus âgée du concours, elle a fait maintenant sept veaux, et elle a encore un beau pis. Je pense que c’est ça qui a impressionné le jury »

Comme souvent dans ce type de rendez-vous, le palmarès met en lumière les meilleurs animaux du moment. Mais, dans les allées du concours, les conversations quittent vite le ring, les podiums et les trophées. Car depuis plusieurs mois, c’est surtout le prix du lait qui préoccupe les producteurs. Après deux années plus favorables, la fin de 2025 a ramené toute la filière à une réalité beaucoup plus compliquée.

Le recul est brutal. En quelques mois, les producteurs disent que le prix du lait est passé de 52 à 32 centimes le litre. Soit une baisse de 38,5 %. Pour Urbain Moureau, organisateur de l’événement et lui-même éleveur de Holstein, l’image est parlante :

« C’est comme si vous passiez d’un salaire de 3000 euros à 2000 euros. Dans une exploitation, l’impact est immédiat. Une exploitation comme la mienne, par exemple, c’est 20.000 euros de moins sur le mois. Il y a réellement un déficit. »

Selon lui, cette baisse s’explique notamment par un retour plus marqué des volumes sur le marché ces derniers mois. Après la période de langue bleue, qui a perturbé la reproduction dans de nombreux troupeaux, plusieurs vêlages se sont regroupés, entraînant un pic de production. Un phénomène qui a pesé sur le marché et, au bout de la chaîne, sur le prix payé aux éleveurs.

Chez certains, le lait est aujourd’hui produit à perte

À Libin, François, autre producteur, affirme que pour lui, le lait est aujourd’hui produit à perte. Dans son exploitation, le coût de production tourne entre 48 et 49 centimes par litre. À 32 centimes payés, l’équation ne tient plus.

« Le lait nous coûte entre 48 et 49 centimes. Quand il est payé à 32, on ne sait pas mettre les deux bouts ensemble. Et les primes aujourd’hui ne sont plus assez élevées puisque l’enveloppe de la PAC diminue tous les ans. Aujourd’hui, on est trop court, on n’est pas dans notre prix de revient du litre de lait », dit-il en substance

Dans ce contexte, certains n’attendent plus seulement une remontée des cours. Pour tenir, ils adaptent déjà leur modèle. C’est le choix posé par Jonas Pussemier, éleveur dans le Brabant wallon, qui explique avoir diversifié une partie de son activité, notamment via la vente directe, et investi pour dépendre un peu moins d’un marché devenu trop instable.

Une nouvelle crise dans un secteur qui en a connu d'autres. En attendant des jours meilleurs, beaucoup de producteurs laitiers continuent d’avancer, sans perdre complètement confiance...