Ce mardi, le directeur Hôtellerie de Vivalia, Frédéric Gabriel, a remis sa démission. Un expert extérieur reprend la main dès lundi pour assurer la transition.  
L'audit interne lancé suite aux révélations sur le gaspillage alimentaire pointe des problèmes structurels au sein de la cuisine centrale.
Un plan d'action est attendu pour la rentrée. 

Lundi, un manager de transition plantera ses valises à Bertrix et reprendra les commandes de la cuisine centralisée de Vivalia, suite à la démission de son directeur Frédéric Gabriel. 

"Tenant compte du rôle central de la cuisine, d'où partent chaque jours des centaines de repas vers les hôpitaux et maisons de repos, il nous fallait assurer la transition.
Je me suis tourné vers une firme spécialisée en cuisines de collectivité. Le manager arrivera lundi à Bertrix. 
Je me rendrai sur place pour l'accueillir et le présenter aux équipes"
Pascal Mertens, directeur général de Vivalia

Le manager arrivera toutefois dans un contexte compliqué. 
En janvier dernier, rappelons-le,  des clichés photographiques rendus publiques avaient mis au jour une situation qu’on était bien loin d’imaginer au sein d’une intercommunale comme Vivalia : entassés dans un conteneur jouxtant la cuisine centrale à Bertrix, des centaines de kilos de denrées alimentaires, de matières de premières périmées et de plats préparés dont les dates limites de consommation ne sont pas toutes dépassées… 

Les images avaient choqué. Tant dans l’opinion publique que dans les associations œuvrant au sein de réseaux solidaires. Au sein même de Vivalia, les administrateurs découvraient une problématique qui jusque-là leur semblait cachée. 
Dans la foulée de ces révélations, Vivalia lançait un audit interne.

Cuisine de Vivalia : "en revenir aux fondamentaux et optimiser la production"

Les conclusions de cet audit ont été discutées au sein du dernier CA. Elles mettent en lumière, nous revient-il, un problème structurel dans l’évaluation des commandes, "on achète en trop grande quantité" et dans la gestion des stocks. Ce que confirme à mi-mot le directeur général : "Je n'ai pas à commenter un audit interne sur la place publique. Je peux cependant vous dire que l'UCP de Bertrix avait été créée avec une mission très claire et qu'elle s'en est quelque peu écartée. Nous devons en revenir aux fondamentaux et optimiser la production". 

Cuisines de collectivité, un secteur à part

D’aucun ont aussi remis en question le bien fondé de la nomination à la tête du département “Hôtellerie” de Vivalia (qui regroupe cuisine-lingerie-entretien des surfaces) un profil, certes compétent, mais sans expérience dans le domaine Horeca de collectivité. 
Nommé en 2023 à tête de la nouvelle cuisine centralisée de Vivalia, dont les investissements, près de six millions d’euros, devaient permettre  “ de produire mieux (plus de couleurs et de saveurs et en plus grande quantité, tout en améliorant l’ergonomie du travail pour le personnel” , Frédéric Gabriel s’est retrouvé sous pression.

De là, à en porter seul la responsabilité ?
Ce serait trop facile. Il y a des problèmes à plusieurs niveaux”, juge un administrateur. “Certains travailleurs en marge de l’assemblée générale ont profité de la situation pour régler leurs comptes et réclamer sa tête. Ce n’est pas juste”, commente un proche dossier. 
Pascal Mertens reprend : "C'est trop simple de dire aujourd'hui que nous nous sommes trompés. Je me souviens très bien que M. Gabriel avait été retenu à l'unanimité par les membres du jury et nommé à l'unanimité par les membres du CA".

Le personnel des cuisines entendu

Après des échanges qui ont eu lieu en marge de l'AG entre direction et membres du personnel des cuisines, Pascal Mertens précise :  "C'est moi qui ai demandé à les rencontrer, et non l"inverse. Et je le reconnais volontiers, j'aurais même dû le faire plus tôt. Nous avons discuté pendant deux heures et j'en suis ravi".

"Je veux que l'UCP de Bertrix redevienne la fierté de Vivalia. 
Ce ne sera possible qu'en y associant les équipes"
Pascal Mertens, directeur général de Vivalia

Un plan précis attendu pour la rentrée 

Sous le couvert de la confidence, tant la question est sensible, plusieurs administrateurs partagent néanmoins leur amertume d’avoir été tenus à l’écart des difficultés rencontrées au sein de la cuisine centrale de Vivalia. 
D’aucun y pointent, au sein même du MR dont il est proche, la responsabilité du directeur général adjoint Bertrand Lespagnard. “Sans les photos, sans l’audit, on serait toujours en train de penser que tout va bien. C’était au directeur général du pôle logistique, de nous alerter sur la situation. Ça n’a pas été fait.”

Le président de Vivalia Roland Déom recadre : “Je confirme ce que j’ai déjà dit en janvier quand on en a eu connaissance : la situation nous préoccupe. Il y a une hiérarchie qui doit jouer son rôle. Nous avons demandé de corriger au plus vite ce qui doit l’être et de définir un plan d’actions. Pour la rentrée, il nous faudra une vision claire et précise”