Depuis le 26 avril, les agents pénitentiaires maintiennent leur mouvement de grève. La province de Luxembourg compte trois prisons. Tour d’horizon de la situation dans chacune d’entre elles après le rejet, par la base, du protocole d’accord négocié entre les syndicats et le ministre de la Justice Koen Geens.
Les agents pénitentiaires ne revendiquent pas, pour rappel, de nouveaux droits mais ils tentent de « protéger leurs acquis », comme nous l’avait confié Philippe Gavage, délégué syndical CSC Service Public à la prison de Marche-en-Famenne. C’était le 26 avril. Devant la prison marchoise, un feu flambait, il réchauffait les grévistes. Quinze jours plus tard, le feu de la colère couve toujours en Famenne. Le piquet de grève barre l’accès au centre de détention. Il empêche l’accès aux travailleurs ainsi qu’aux visiteurs. « C’est le plus gros problème aujourd’hui », nous explique ce lundi matin Frédéric De Thier, le directeur. « Il ont le droit de faire grève. Les détenus, eux, veulent leurs visites mais ce n’est pas possible. Nous sommes seulement cinq dans la prison pour le moment contre 35 agents habituellement plus du personnel administratif. La chance ici pour les détenus c’est qu’ils ont leur douche et le téléphone dans leur cellule. La Police locale est, par ailleurs, présente depuis le début de l’action. Elle assure la distribution des repas une fois par jour. »
La police en renfort, pas l’armée
La police locale fournit un gros travail aussi à Arlon, où elle est appuyée par la police fédérale. « Les policiers assurent le maintien de l’ordre et de la sécurité. Eva Domingez, la directrice de la maison de sûreté arlonaise, tient à éclaircir d’emblée ce point. « La protection civile distribue, pour sa part, les repas. Le reste du boulot revient à notre personnel. La grève des agents se poursuit, on le savait avant l’assemblée générale de ce lundi matin. On tourne donc avec 5 à 10% du personnel. De temps en temps, ils y a des incidents mais ça dépend des jours. »
Visites, appels téléphoniques, douches, sorties aux préaux, telles sont les sources de tensions dans les prisons. Au centre de détention de Saint-Hubert, les portes sont, en temps normal, ouvertes du matin au soir. Les détenus circulent librement mais depuis la grève il y a moins d’agents par pause. Il devient donc difficile d’encadrer les moments de liberté habituels. « La tension monte », nous décrit Valérie Biémar, directrice du centre depuis deux ans. « Les détenus sont habitués de sortir et puis le beau temps est là. Nous avons connu quelques non réintégrations. Le climat ici est variable. Pour ce qui est des repas, les détenus participent à la préparation et les distribuent, donc pas d’impact. Les activités se font en fonction des effectifs de surveillance présents. »
Les trois prisons de la province tournent ainsi au jour le jour. D’heure en heure l’organisation change, se remet en place. Et si la police y est présente en force, l’armée ne le sera pas chez nous. Seuls deux prisons du pays sont, en effet, concernées, pour le moment, par le soutien de quarante militaires, puisés dans la réserve des effectifs déjà mobilisés en rue.
S. BOUDOU