Touchée par la crise dans le secteur des biotech, le CER Groupe se retire du projet de co-construction d’un “Preclinical Center” qui devait voir le jour sur le parc scientifique Novalis à Marche-en-Famenne.
Idélux décide de ne pas poursuivre seule : le projet est abandonné.
L’intercommunale sollicite le maintien d'une partie des subsides.
Le parc scientifique Novalis à Marche-en-Famenne aurait dû s’agrandir d’un bâtiment supplémentaire orienté sur la recherche préclinique. Le permis est obtenu en 2023 et des subsides importants ont été réservés dans le cadre du plan de relance de la Wallonie, près de 12 millions sur une construction globale estimée à 16 millions d’euros.
Porté à deux, par Idélux Développement pour deux tiers et par le CER Groupe pour un tiers, ce Preclinical Center devait offrir une infrastructure de pointe, bureaux et laboratoires, modulables et hypersécurisées, pour des entreprises et start-up actives dans le domaine médical et la recherche scientifique. Les deux entités devaient se partager des locaux communs, tout en conservant certains espaces individuels.
Annoncé pour courant 2028, le centre… ne verra pas le jour.
Début juillet, le CER Groupe a signifié à l’intercommunale sa décision de mettre un terme au projet commun, et d’arrêter là les frais, contraignant son partenaire, Idélux Développement, à devoir abandonner à son tour.
“Ce projet a été conçu comme une opération immobilière reposant sur un partenariat. (Avec ce retrait, unilatéral, d’un deux partenaires, ndlr), nous faisons le constat de l’impossibilité de poursuivre seul une opération conçue, autorisée et subsidiée comme un projet unique et partenarial”, peut-on lire dans un courrier adressé par l’intercommunale au gouvernement wallon, et dont nous avons eu connaissance.
Le secteur biotech en crise
A plusieurs sources au sein du CER, on justifie cette décision par le contexte tendu dans le secteur des biotechnologies.
L’élan que le secteur de la recherche scientifique a connu au début des années 2020, en pleine crise covid notamment, a été stoppé net par le conflit russo-ukrainien, par une hausse des taux d’intérêts et par une réorientation des investissements…
Parallèlement, le secteur immobilier lié aux biotechnologies s’est largement développé en Wallonie, plaçant le site de Marche-en-Famenne en concurrence directe avec d’autres parcs scientifiques à Liège, Wavre et Gosselies.
“Il y a déjà des milliers de mètres carrés de surfaces disponibles dans ce domaine hyperspécialisé. Il n’aurait pas été réaliste de se lancer dans cette nouvelle construction. D’autant que les normes imposées dans ce type de bâtiment pèsent lourdement sur les frais d’entretien et de maintenance. Pour viser l’équilibre, ça doit tourner”, nous explique un interlocuteur proche du dossier.
“Depuis trois ans, on ressent un désinvestissement tant du public que du privé pour le secteur de la recherche pharmaceutique et biotechnologique. Les moyens se sont déplacés. Dans ce domaine il y a une multitude de petites sociétés privées soutenues par des fonds publics, qui se retrouvent directement impactées.
Au vu du contexte, il aurait été irresponsable de se lancer dans ce type de construction. Mieux vaut arrêter au bon moment.”
Olivier Vanloocke, CEO CER Groupe
800.000€ déjà engagés
En termes de timing, Idélux Développement ne dit pas autre chose. Pour l’intercommunale, l’abandon de ce projet, bien qu’entamé, relève même d’une “gestion responsable des deniers publics”.
L’argument est solide. Mais pas dénué d’intérêt. Il est avancé par l’intercommunale auprès de la Région, pour espérer ne pas avoir à rembourser une partie des avances et subsides wallons déjà perçus. L’enjeu est de l’ordre 500.000 euros.
Car en ce domaine le législateur wallon est très clair : en cas d’abandon d’un projet, les subsides régionaux doivent être restitués.
Pour rappel, l’investissement global de ce Preclinical Center était estimé à un peu plus de 14M€. La Région avait promis quelque 12M€ de subsides, et en avait déjà versé 4,8M€.
Si la majeure partie est à considérer comme une avance sur travaux, non encore utilisée et donc à rembourser, Idélux Développement fait valoir une série de dépenses, plus de 800.000 euros, déjà engagées en frais de maîtrise d’ouvrage, d’esquisses, d’études, de dépôt de permis… Dépenses sur lesquelles l’intercommunale tente de conserver la part de subsides : environ 500.000€.
“La situation que nous subissons présente un caractère totalement indépendant de notre volonté et s’apparente à un véritable cas de force majeure. L’impossibilité de poursuivre le projet ne résulte en effet pas d’une décision propre à Idélux Développement mais bien de la conséquence inéluctable de la décision du CER de mettre définitivement fin au projet, et sans que cette dernière décision ait été concertée avec Idélux”, écrit Idélux Développement
Pour le CER Groupe, les montants engagés sont moindre, “de l’ordre d’une centaine de milliers d’euros”, avance Olivier Vanloocke. “Il est clair que le risque financier est beaucoup plus lourd pour Idélux que pour le CER. De notre côté, nous ne nous sommes pas encore manifestés auprès des pouvoirs publics. Vous me dites qu'Idélux se voit imposer l'arrêt du chantier ? Disons plutôt qu'ils sont très heureux que la décision ait été prise par d'autres..."
Quel avenir pour le site actuel de Novalis ?
Bien que relativement éloignées aux yeux du grand public, plusieurs sociétés de référence européenne ont mis en lumière le parc scientifique de Marche-en-Famenne, dont l'avenir s'assombrit de leur changement d'orientation.
Vers la fermeture de Thymolux
En janvier dernier, la société Thymolux, spécialisée dans la production d’un principe actif entrant dans la composition d'un médicament immunosuppresseur à usage humain avait annoncé la perte de son unique contrat avec la société pharmaceutique Sanofi.
L’entreprise, filiale du CER Groupe, fermera ses portes en fin d’année. “La production arrive au bout. Il n’y aura pas de prolongation. La fermeture va toucher 23 salariés”.
Avec quel impact sur les résultats du CER ? “Aujourd’hui le CER compte 156 personnes. Il n’y aura pas de conséquences significatives, ni départs massifs. Les années 2024-2025 ont été très bonnes. 2026 est certes touchée par le retrait de Sanofi, mais nous gardons beaucoup d’autres sollicitations. Comme expliqué, le contexte fait que 2027-2028 poseront question”, avance Olivier Vanloocke, CEO du CER Groupe
ATB Therapeutics réduit la voilure sur Marche-en-Famenne
Sous l’impulsion de son nouvel actionnaire majoritaire, l’autre société phare sur le site de Novalis, ATB Therapeutics prend une nouvelle trajectoire stratégique. “ATB a annoncé quitter le bâtiment d’Idélux Boost Up Center, elle restera néanmoins en partie dans les locaux de Novalis. Mais il est clair que la société est occupée à recentrer son développement sur son site à Gand”, constate le patron du CER.