Depuis mi-2025, le prix du combustible ne cesse de croître. L'une des principales raisons, selon les acteurs de la filière bois, est la diminution des volumes que connaît l'Allemagne. Quelles conséquences alors pour les producteurs de pellets ? Rencontre avec Benoît Helsemans, directeur de Filière Bois Wallonie.
Le pellet a toujours été apprécié pour la stabilité de ses prix. Est-ce que cette époque est révolue ?
Benoît Helsemans : "Non, je pense que nous avons la chance, en Wallonie, de compter sur des producteurs locaux de pellets. Ceux-ci sont fabriqués à partir de coproduits de scierie. Nous avons effectivement connu un pic de prix pendant la crise énergétique, mais depuis, les tarifs sont revenus à un niveau presque équivalent à celui d’avant la crise, et restent relativement stables. Il y a bien une légère hausse, mais elle est peu significative comparée aux fluctuations d’autres énergies, comme le fioul, qui a augmenté de 17 % ces derniers mois".
Cette pression sur l’approvisionnement, est-ce un phénomène qui touche tout le secteur ?
Benoît Helsemans : "Oui, c’est une réelle problématique, et ce depuis plusieurs années, tant en Allemagne qu’en Wallonie. Elle s’explique par des problèmes sanitaires, mais aussi par la nécessité de diversifier la forêt pour mieux l’adapter au changement climatique. Il est crucial de garder à l’esprit que nous avons besoin d’une forêt productive, capable de fournir des essences résineuses qui alimentent notre filière bois. Celle-ci valorise principalement ces essences pour produire des maisons en bois, des meubles, mais aussi du bois énergie, comme les pellets ou les sous-produits issus du sciage".
Vous avez trois grandes entreprises en province de Luxembourg : Erda, qui appartient au groupe Fruytier, le groupe François, que vous connaissez bien, et la scierie Pauls, au Pôle bois de Gouvy. Ces entreprises utilisent les sous-produits du sciage pour fabriquer des pellets. Est-ce un modèle courant en Europe ?
Benoît Helsemans : "On dit souvent que le bois est le matériau phare de l’économie circulaire. En Wallonie, nous avons la chance de disposer d’entreprises intégrées dans la filière bois, où rien ne se perd : tout est valorisé en éco-produits. Par exemple, quand on scie du bois, les coproduits sont transformés en granules combustibles. Plus on scie, plus on génère de matière première pour les pellets. Mon message aujourd’hui est clair : encourageons davantage l’utilisation du bois dans la construction. Cela permettra d’augmenter la quantité de sciure et de coproduits disponibles pour le bois énergie ou d’autres usages".
Comment ces entreprises wallonnes, notamment en province de Luxembourg, se positionnent-elles sur le marché européen ?
Benoît Helsemans : "Nous avons la chance d’avoir une filière bois dynamique en Wallonie, avec 9 000 entreprises qui valorisent notre bois. Il faut les soutenir. L’Allemagne, par exemple, dispose de 11 millions d’hectares de forêt, contre 500 000 hectares pour nous. Nous sommes donc dépendants des marchés extérieurs, mais nos acteurs locaux possèdent un vrai savoir-faire qu’il faut encourager. Aujourd’hui, la Wallonie compte près d’un million de tonnes de capacité de production de pellets, contre 3,5 millions en Allemagne et 2,5 millions en France. Nous avons donc des producteurs importants, effectivement".