Moment insolite à Marcouray, dans la commune de Rendeux, où Lucie Soreil, 9 ans en 1944, a rencontré la fille du soldat américain qui lui donnait des chiques durant la Bataille des Ardennes.
C'est une de ces belles histoires que peuvent parfois offrir les guerres. Lucie Soreil, 91 ans, habitante de Marcouray en commune de Rendeux, rencontre Judy Porter, venue tout droit des Etats-Unis.
Leur histoire est liée à celle du père de Judy, Lee Brenson Porter, qui a défendu le village de Marcouray durant la Bataille des Ardennes. Un soldat dont se souvient très bien Lucie.
"C'était un homme très gentil, se souvient Lucie. Il m'a demandé comment je m'appelais. Je me promenais parfois avec lui. Je me souviens qu'il allait dans sa poche de droite et qu'il me donnait des bonbons."
"Mon père nous parlait souvent de Lucie, explique Judy Porter. Tous les jours, quand il passait devant chez elle, ils discutaient ensemble. Toute sa vie, il a parlé de Lucie."
"La grande soeur que je n'ai jamais eue"
Lee Brenson Porter n'a jamais parlé de ses faits d'armes à sa famille, pas même de cette sentinelle allemande qu'il neutralisa le soir de Noël 1944.
Le vétéran américain ne parlait que de la petite Lucie, cette petite fille à qui il donnait des chiques. La rencontre entre Lucie et Judy a été rendue possible par François Janssen, passionné de l'histoire de la Task Force Hogan, qui défendit le village de Marcouray.
"C'est la première que Judy vient en Belgique, précise François Janssen. Et elle vient pour rencontrer cette fameuse Lucie, qui l'attendait avec impatience. C'est un moment très chaleureux et très humain car Judy connaissait Lucie sans jamais l'avoir rencontré. C'était donc un moment très fort."
"Pour le devoir de mémoire, réunir une famille belge et une famille américaine autour de la même histoire, c'est incroyable à vivre."
François Janssen.
"Cela fait plaisir de se rencontrer car ils ne savaient pas vraiment qui j'étais" explique Lucie Soreil. Et Judy Porter d'ajouter : "c'est magnifique ! Je n'arrive pas à croire que nous sommes ici. Lucie est un peu la grande soeur que je n'ai jamais eue. Je voulais emmener ma famille avec moi pour cette rencontre."
"Je ne pensais pas que son papa aurait parlé autant de ma maman, glisse Monique Poncelet, fille de Lucie Soreil. Savoir qu'il n'a jamais oublié ma maman, qu'il s'est toujours demandé si elle était en vie, c'est magnifique."
Le fils du Major Walker
Cette journée riche en émotion a été prise par surprise par une autre rencontre improbable. Celle d'une autre famille américaine, de passage dans le village.
"Nous nous apprêtions à faire un tour du champs de bataille avec la famille Porter quand une voiture s'est arrêtée près de nous, relate François Janssen. Les occupants nous ont demandé en anglais "c'est une jeep américaine ?" L'homme m'a alors dit que son papa avait combattu ici à Marcouray. C'était le Major Walker, le bras droit du Colonel Hogan."
Un hasard extraordinaire qui a rendu le voyage du fils Walker encore plus unique.
"Nous sommes en France pour un mariage et je voulais en profiter pour découvrir les endroits où mon père s'est battu, explique Stuart Walker. Nous sommes tombés sur ce gars avec une jeep américaine. Nous nous sommes présentés à lui et avons découvert que François était un spécialiste de la Task Force Hogan. Nous avons donc fait un tour du champs de bataille avec lui. C'était une expérience incroyable."
Un documentaire sur la Task Force Hogan est en cours de réalisation par François Janssen. Un morceau de la Deuxième Guerre mondiale qui a rassemblé ces familles belges et américaines 82 ans plus tard à Marcouray.