Le mercure grimpe et cela inquiète en bord de Semois et sur ses affluents où l'on constate un taux de mortalité de poissons sans précédent. De plus en plus d'espèces de nos cours d'eau succombent au réchauffement climatique.
11 heures ce matin en bord de Rulles et la température de l'eau dépasse déjà les 24 degrés. “Au vu des températures attendues, cela va encore grimper”, confie Céline Hanzen, chargée de projet eau au Parc national de la Vallée de la Semois. “La semaine passée nous avons mesuré des températures de 30 degrés à certains endroits”.
Des mortalités inédites
Or, une eau en surchauffe, c'est une eau appauvrie en oxygène, avec un impact considérable sur les poissons. Les mortalités observées cette année sont inédites.
“C’est catastrophique” s’alarme Bérenger Servais du Contrat Rivière Semois-Chiers, “On observe des mortalités chez espèces qui résistaient encore jusqu’ici. Fin juin, lors de la canicule, nous avons observé des mortalités importantes de brochets et de hotus. Or, les brochets résistent normalement jusqu’à 30 degrés. C’est du jamais vu et les niveaux d’eau continuent de baisser. On est très inquiets des chaleurs qui arrivent”.
Seule solution de survie pour ces poissons : trouver un peu de fraîcheur dans les ruisseaux forestiers où l'eau conserve une température avoisinant la quinzaine de degrés.
“Là, on constate des bancs de poissons assez importants”, explique Bérenger Servais, “Mais des concentrations de poissons pareilles multiplient le risque de transmission de maladies. Les poissons arrivent aussi parfois en zone de baignade, il est primordial de les laisser histoire de leur laisser une chance”.
Des barrages aux impacts négatifs
Peu de chance de survie en revanche dans les zones de retenues, formées par les quelques centaines d'ouvrages présents sur le territoire de la Semois et de la Chiers. Exemple sur une portion de la Mellier: l'eau est à 21 degrés dans le lit naturel de la rivière, le thermomètre affiche 27 degrés en aval du barrage.
“Si un barrage bloque entièrement le lit du cours d’eau, l’eau stagne derrière et se réchauffe”, détaille Céline Hanzen. “L’eau à la surface se jette dans la rivière et cela augmente la température du cours d’eau. Dans les Vosges, une étude a démontré qu’un barrage de ce type pouvait impacter la température de l’eau jusqu’à 10km en aval”.
Avec la nouvelle vague de chaleur annoncée, l'inquiétude reste de mise pour la santé des poissons de nos cours d'eau. Sur la Rulles, la société de pêche a même suspendu ses activités, histoire de les préserver.