À Longlier, le restaurant du gite Le Salmon a tenté un défi original : confronter une brigade de chefs cuisiniers à une intelligence artificielle. Pendant un menu en cinq services, les clients ont goûté deux versions d’un même plat, sans savoir laquelle était imaginée par les chefs ou par la machine
Choisir entre un plat imaginé par une intelligence artificielle (IA) et un plat conçu par des chefs, la question est posée aux clients présents au restaurant du gite Le Salmon à Longlier. Et dès le premier service, l'incertitude règne. À chaque étape du menu, deux assiettes sont déposées à table : une bleue, une blanche. Les ingrédients sont identiques, mais la préparation est différente. Aucune indication ne permet de savoir qui en est l’auteur. Il faut donc goûter, comparer et voter. Pas si simple que ça...
« Il y a parfois des plats très étonnants… on se demande si un humain a pu penser à une telle combinaison »,confie d'abord un client.
Les avis se croisent, les arguments des uns et des autres sont entendus entre deux plats...Pour l'entrée, l'IA remporte la manche à l'unanimité. Pour le plat principal, les chefs sont nettement devant...Même quand ils pensent avoir identifié la “patte” humaine, le doute subsiste dans la tête des clients.
« L’IA? Je trouve ses plats plus chargé, plus copieux. Les chefs, c’est plus fin… mais je suis peut-être biaisée », admet en substance une cliente. « J’ai douté sur le plat principal… mais je me suis dit que ce plat était plus finement préparé. Donc j'ai pensé qu'il était imaginé par les chefs. Et en réalité, c'était le contraire», explique un autre convive.
Après quatre services, les plats imaginés par l'IA et ceux imaginés par la brigade humaine sont à égalité. Le moment clé se joue sur le dessert. Un participant est persuadé d’avoir reconnu la machine IA dans l’assiette bleue.
« Pour moi, il n’y a pas photo. L’IA, c'est l’assiette bleue… vin, oignon, un mélange bizarre… au goût, ce n'est vraiment pas bon. »
Sauf que cette assiette n'est pas celle de l’intelligence artificielle. Elle a été imaginée par les chefs. La brigade a choisi de prendre un risque en jouant l’originalité, là où l’IA a proposé une version plus classique. Et c'est l'une des principales caractéristiques de l'IA : ce soir-là, elle n'a pas voulu prendre de risque. Au contraire des chefs.
« On a voulu sortir du basique, avec de l’oignon et une réduction de vin rouge. C’était beau mais spécial. L’IA avait revisité un mont-blanc plus traditionnel. Je pense que ça n’a pas plu à la majorité », admet Alison, l’une des cheffes.
L'IA a bluffé les chefs
Au final, l’intelligence artificielle remporte le duel, en faisant l'unanimité trois services sur cinq. Un résultat symbolique, mais révélateur. Car derrière le score, les chefs retiennent surtout l’expérience.
« L’intelligence m’a quand même bluffé. C’est un menu construit, réfléchi, avec des ingrédients utilisés de manière intelligente », a reconnu Charlie, membre de la brigade. « L’assaisonnement, c’est très personnel. Trop salé, trop sucré… ça, l’IA n’en sait rien. Et quand on a une peu d'expérience en cuisine, on le remarque vite », précise l'un des chefs, Antoine Rigaux
Notons enfin que pour que la comparaison soit équitable, la brigade a cuisiné la version IA en suivant les consignes à la lettre, sans ajouter sa touche personnelle. Le verdict n’en est que plus parlant : la machine peut convaincre. Pas encore remplacer. Mais inspirer, oui.