Deux ans de prison et 15.000 euros d’amende sont requis contre Diederik Verbist, l’ancien patron de Veviba, dans le scandale alimentaire qui avait éclaté en 2018.

Pour Dimitri Gourdange, le Procureur du Roi faisant fonction, l’intention frauduleuse ne fait pas de doute : « Une réelle volonté de falsification visant à engendrer des bénéfices substantiels » était mise en place par le prévenu.

Lors de la perquisition du 28 février 2018, les enquêteurs ont fait face à un « désastre sanitaire », souligne le Ministère public : inventaire incomplet, désordre dans les congélateurs et sabotage informatique.

Plusieurs témoignages d’anciens employés faisant état de pratiques frauduleuses : décongélation puis re-congélation de viande et réintroduction de sous-produits de viande dans la chaîne alimentaire ont été recueillis par les enquêteurs.

Les employés qui n’étaient pas d’accord avec ces pratiques étaient victimes de menaces ou de représailles. Dans ce contexte, le terme de « mafia » n’est pas galvaudé, affirme Dimitri Gourdange.

"Une enquête à charge, et à surcharge"

La défense de Diederik Verbist avait prévu trois heures de plaidoirie dans ce dossier particulièrement technique.

Me Molders-Pierre a remis en cause le fonctionnement de l'AFSCA dans cette affaire. 

"Elle arrive dans un état d'esprit où elle veut absolument trouver des infractions. Le vétérinaire qui a été mandaté avait postulé chez Veviba avant d'être engagé à l'Afsca, et c'est lui qui va mener l'essentiel de l'enquête alors qu'il a été refusé chez Veviba pour incompétence".

L'avocat de Diederik Verbist ajoute que Veviba était cité en exemple, que des erreurs ont été commises dans le rapport du vétérinaire concernant l'interprétation des dates, que l'activité de congélation par rapport au frais est infime, qu'il est légal de réintroduire certains sous-produits dans la chaîne alimentaire et surtout qu'aucun document scientifique n'atteste de problèmes microbiologiques dans la viande vendue par Veviba, que ce soit pour celle destinée au Kosovo en septembre 2016 ou celle analysée dans le cadre de la perquisition menée le 28 février 2018.

"Une volonté de nuire"

L'absence de réaction de l'AFSCA durant un an et demi interroge la défense de Diederik Verbist. 

En février 2018, un contrat d'exclusivité était sur le point d'être signé avec Delhaize. Or, au même moment, explique Me Molders-Pierre, le ministre fédéral de l'agriculture de l'époque, Denis Ducarme, était occupé à convaincre les chaînes de supermarchés des pratiques mafieuses des Verbist au profit du nouveau Pôle Viande de Liège qui a pris place sur les installations Derwa, rachetées notamment par des proches d'une collègue de parti et où des soucis d'hygiène avaient été constatés par l'AFSCA en 2017. Mais le ministre Ducarme avait stoppé la procédure de retrait d'agrément.

Sur le fond, comme sur la forme, l'avocat de Diederik Verbist estime que la responsabilité personnelle de son client n'est pas engagée, et qu'il y a eu ingérence pour casser l'outil. Il réclame l'acquittement.

Denis Ducarme réagit

"Toute forme de déclaration calomnieuse fera l'objet de poursuite".

Cette après-midi, l'ex-ministre et aujourd'hui député Ducarme a tenu à réagir en expliquant que "la décision de retirer l'agrément de Veviba est l'une des mesures dont je suis le plus fier de ma carrière. Lors de la perquisition du 28 février 2018, près de 70% des palettes, soit 138 sur 200, étaient non conformes".

Quant aux intérêts que certains proches auraient pu avoir dans la fermeture de Veviba, Denis Ducarme ne souhaite pas s'exprimer à ce sujet et indique que toute forme de déclaration calomnieuse fera l'objet de poursuite.

Rappelons que d'autres personnes, d'anciens employés de Veviba, encourent également une peine de prison allant de six à douze mois.

Le jugement sera rendu le 7 avril.