L'alcool de moins en moins consommé dans notre société, c'est un fait. Et les brasseries le ressentent. La preuve au salon Horecatel où leur présence s'est faite plus discrète cette année. Pour contrecarrer la diminution de vente de bières alcoolisées, les brasseurs proposent de plus en plus des produits sans alcool.

Sur le stand de la brasserie de Rochehaut, une petite blonde attire l'attention : la No Limit. Une bière qui affiche un taux d'alcool de 0,4%. Lancée en novembre dernier, elle semble déjà avoir trouvé sa place dans la famille Boreux.

"C'est un produit complémentaire avec le reste de notre gamme, lance Arnaud Boreux, responsable de la brasserie de Rochehaut. En tant que professionnels, nous devons pouvoir rebondir mais ce qui est difficile, c'est de faire un bon produit sans alcool. Car l'alcool est un exhausteur de goût. Pour celui qui saura tirer son épingle du jeu, il y aura un marché à prendre."

Un basculement

Un créneau qui se traduit par une diminution des ventes des produits alcoolisés. Les brasseries l'ont bien compris et diversifient donc pour la plupart leur gamme. Ce désintérêt pour les bières traditionnelles se remarque cette année dans les allées du salon Horecatel.

"C'est vrai que nous constatons une diminution au niveau de certains stands du palais 3, précise Julie Wéry, responsable communication du salon Horecatel. Soit les brasseurs diminuent leur superficie ou alors ils choisissent de venir une année sur deux."

Parmi les habitués du salon, la brasserie Lupulus a élargi sa gamme sans alcool avec sa Placebo mais aussi des limonades. Une adaptation au marché qui s'apparente à un basculement pour Pierre Gobron.

"C'est un basculement, prévient-il. On le voit même chez les grosses brasseries qui proposent 15% de leur production sans alcool, ce qui est énorme. Ce n'est pas le cas chez nous mais on fabrique de plus en plus de produits sans alcool."

"Depuis le Covid, on peut parler d'une diminution de 20 à 40% selon les brasseries."
Grégory Verhelst, Brasserie Rulles.

"Ce n'est pas un orage"

De son côté, la brasserie Rulles fait de la résistance et préfère proposer des produits au taux d'alcool réduit plutôt que nul. Mais la diminution de la consommation, notamment chez les jeunes, inquiète.

"Jusqu'à présent, on a fait le gros dos, note Grégory Verhelst. On attendait que l'orage passe mais ce n'est pas un orage. On sait que, historiquement, ça fait plus d'un siècle que la consommation d'alcool par habitant diminue mais de manière lente. Or, ici, c'est de manière violente et brusque. Depuis le Covid, on peut parler d'une diminution de 20 à 40% selon les brasseries."

Dans son rapport sorti en juin dernier, la Fédération des Brasseurs belges explique que la consommation belge a chuté de 20% au cours des dix dernières années. Des chiffres corroborés par le site nolodrinks.be. De quoi donner la gueule de bois au secteur.