Où est passé le corps de saint Hubert, patron des chasseurs et guérisseur de la rage ? Une question qui revient depuis des siècles. Et aujourd'hui encore, certains persistent à penser qu'il se trouverait sous la basilique. Peut-on y croire pour autant ? 

Le 28 mai dernier, TV Lux était invité au rassemblement d'une chorale éphémère mise en place par Thierry Tirtiaux, réalisateur d'une vidéo intitulée " Nous avons percé le mystère de saint Hubert ".

Le but était de reconstituer un événement survenu un jour de septembre 2015. Ce jour-là, la chorale de Malmedy, en plein échauffement et composée d'une bonne vingtaine d'hommes, sauta pieds joints dans la basilique. À la réception, dit-on, une sorte de vibration se fit ressentir.

"Comme si, effectivement, ils retombaient sur une sorte de peau de tambour", explique Anne Trinne, qui y a assisté en tant que spectatrice. "Il y a eu un son qui accompagnait parce que c'était des masses d'hommes. Et donc voilà, c'était très surprenant". 

Une nécropole avec cinquante sépultures 

Richard Gruslin, auteur de "Sous les gargouilles", a cherché à comprendre l'origine de cette vibration. Son travail, mis en images par Thierry Tirtiaux, atteste que quelque chose se cache sous le chœur des moines.

"Au centre de la basilique, on obtient une image géomagnétique qui révèle une crypte bien plus profondément enfouie, plus grande, encore inaccessible et capable d'accueillir la cinquantaine de sépultures des pères abbés qui se sont succédé à l'abbaye, mentionnée dans le Cantatorium et que l'on n'a jamais retrouvée" - Extrait de la vidéo "Nous avons percé le mystère de saint Hubert"

"J'ai pu réunir une équipe assez extraordinaire", confie Richard Gruslin. "Ce sont des savants qui avaient mis au point un appareil pour analyser le sous-sol de la planète Mars. Cette expérience a été très concluante dans le sens qu'effectivement, on a découvert une grande nécropole". 

Image produite par l'IA et extraite de la vidéo de Thierry TirtiauxImage produite par l'intelligence artificielle et extraite de la vidéo "Nous avons percé le mystère de saint Hubert"

Des fouilles depuis... 1843

Richard Gruslin en est convaincu, c'est là que saint-Hubert, décédé en 727, se trouve. Le patron des chasseurs ne serait qu'à quelques mètres de son monument funéraire financé par Léopold 1er. C'est d'ailleurs le Roi des Belges qui lancera, sur instructions spéciales, les premières fouilles en 1843.

D'autres suivront dont une en 1956 dans le cadre de l'installation du chauffage et une autre encore en 1983 sur l'appui du ministre wallon de la chasse de l'époque. Celle-ci sera menée par un archéologue éminent, Raymond Brulet.

"Il a fait trois sondages dans la crypte", nous explique Richard Jusseret, historien de l'art et président de la société d'histoire Saint-Hubert d'Ardenne. "Il y en a un premier dont on trouve encore la trace bétonnée, un deuxième avec encore une trace bétonnée et il profite des lacunes du sol vernissé avec des petites dalles pour l'ouvrir. 

Résultat ? "Il constate qu'on se retrouve immédiatement sur le schiste, qui a été lissé pour recevoir ces carreaux, qui sont tout à fait extraordinaires, du 13e-14e siècle. Il ouvre aussi les dalles où se trouvent enterrés les abbés, et il constate que les caveaux ont été vraiment entaillés dans la roche à une profondeur d'un mètre. Les périmètres ont été, si je peux dire simplement, maçonnés avec des briques. On se trouve ici sur le sol".

La crypte de la basilique

Une glissière est également introduite sur 15 mètres à partir du caveau de l'abbé Nicolas de Fanson.

"À travers cette tombe", poursuit Richard Jusseret, "il est parti avec cette longue glissière qui a traversé tout le chœur des moines jusqu'à la croisée du transept. C'est extrêmement long, et ce sondage n'a pas permis de trouver une trace quelconque d'une crypte, parce qu'on l'affirmait, en connexion avec celle-ci. Il n'y a rien, et la profondeur de ce sondage est telle qu'on est un mètre en dessous des fondations de la première église romane ! On se trouve sur le sol".

 Le chœur des moines 

Au début des années 2000, un radar a permis de repérer des cavités similaires à celle de Nicolas de Fanson, mais rien de plus.

A-t-on creusé assez loin ?

Les recherches antérieures n'ont donc rien donné, mais Richard Gruslin a son explication : "Elles ont toutes été déviées".

Et Thierry Tirtiaux de citer le rapport du Pr. Brulet : "Il dit qu'il est frustré quelque part parce qu'il pense qu'il y a une trace historique d'une crypte ottonienne, donc du 11e siècle, qui a bien été bénie. Pour lui, c'est au niveau du transept gothique qu'il faut chercher".

En effet, aucune fouille n'a été entreprise au niveau du transept même, mais elle révélerait probablement le chœur de l'ancienne église romane. Denis Henrotay, archéologue pour l'agence wallonne du patrimoine, ajoute que si les abbés étaient enterrés, ce n'était pas le cas des saints qui étaient surélevés.

"On le voit au niveau des fenêtres, les pèlerins pouvaient circuler tout autour de la crypte que l'on connaît et voir le corps de saint Hubert qui était conservé dans son reliquaire, donc la crypte dans laquelle on montrait saint Hubert, c'est ici".

L'une des fenêtres de la crypte où reposait saint Hubert

Pourquoi n'a-t-on plus jamais exposé le corps ?

En 1568 surviennent le pillage et l'incendie de la basilique par les Huguenots, des protestants français.

Sachant qu'ils arrivaient, les moines ont-ils dérogé à la règle en enterrant le corps de saint Hubert pour le protéger ?

"Il y a eu en 1850, enfin dans ces années-là, un officier belge, mais qui était aussi un archéologue, qui a écrit dans ses mémoires que vous trouverez saint Hubert sous le troisième caveau de la nécropole", explique Richard Gruslin.

Ce dernier est persuadé qu'un indice a été laissé. Le troisième caveau étant désigné par trois triangles sur un mur de la basilique.

"Ce sont des éléments d'abord qui ne sont pas visibles", réplique Denis Henrotay. "Ces murs-là étaient enduits, et ils sont postérieurs à l'incendie des Huguenots. Le corps de saint Hubert, normalement, disparaît lors de cet événement tragique pour l'abbaye. Et donc avoir des signes, des symboles indiquant un emplacement est un peu aberrant pour quelque chose qui a déjà disparu".

"Encore une fois, il y en a qui me disent ce sont des signes ésotériques, mais le message est tellement clair", assure Richard Gruslin.

Les triangles qui indiqueraient le caveau de saint Hubert

Ce qui est certain, c'est que les moines, après le sac des Huguenots, entretiendront le mythe : ils clameront, jusqu'à leur départ en 1796, savoir où est le corps du saint sans pour autant le dévoiler. D'où une question centrale que se pose Richard Jusseret, président de la société d'histoire Saint-Hubert d'Ardenne :

"Au cours des siècles, l'abbaye a été souvent confrontée à des frais énormes. Je me demande pourquoi les abbés successifs n'ont-ils pas pris la décision d'exposer le corps de saint Hubert et les reliques pour pouvoir faire venir des pèlerins, et j'allais dire des financiers, qui permettaient alors de renflouer les caisses de l'abbaye ?"

Le corps de saint Hubert constituait une poule aux œufs d'or, et n'a pourtant plus jamais été montré ; Son reliquaire ayant même été vendu. 

Le cénotaphe dans lequel saint Hubert devrait reposer

Au-delà du mystère qui n'est toujours pas résolu demeurent des reliques, bien visibles, qui mériteraient d'être davantage protégées, à l'instar de l'ensemble abbatial : la basilique bien sûr, qui nécessite une rénovation complète, mais aussi le palais, toujours en attente d'une réaffectation digne de ce nom.

Et si au-delà des interprétations, on commençait par là pour redonner à Saint-Hubert un peu de son lustre d'antan ?