Quand un enfant n’est plus en mesure de vivre au sein de sa famille, qu’il y a danger pour son intégrité, une des réponses apportées passe par la prise en charge au sein de familles d’accueil. Mais le constat est alarmant : il manque de parents d’accueil. Les services d’accompagnement lancent l’appel.
La province de Luxembourg ne fait pas exception. Depuis le Covid, constatent les services d’accueil, les besoins se sont accentués. « Au niveau de l'urgence et du court terme, nous recevons annuellement environ 500 demandes et nous ne répondons qu'à entre 70 et 100 accueils par an », plante Aline Noël, directrice de Famille d'accueil d'urgence et de court terme pour le Luxembourg.
Même constat du côté des services d’encadrement sur les moyen ou long termes : “Notre service accompagne actuellement en Luxembourg 84 situations. Mais pour l'ensemble de notre secteur, cela représente, en Wallonie, 302 enfants en attente d'une famille d'accueil sur le long terme, dont une cinquantaine pour la seule province de Luxembourg. »
« On a aidé notre petit garçon. Et on l'aidera, le temps qu'il faudra »
Damien Adam, son épouse et leurs trois filles ont ouvert leur famille il y a près de huit ans à un tout jeune garçon, âgé d'un an et demi. Il en aura neuf dans quelques semaines.
Pas de famille type, mais un projet familial
Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de famille type pour accueillir.
« N'importe quelle personne peut contacter nos services : des personnes seules, en couple, hétérosexuelles ou homosexuelles. Il n'y a aucun souci par rapport à cela »
Daphnée Defêchereux, directrice pédagogique de l'Accueil Familial
Seule l'analyse des entretiens et du projet spécifique des candidats déterminera si un accueil aboutit. Le seul prérequis, selon Aline Noël : « Accepter la différence, accepter que l'enfant vienne avec son histoire et son passé. Il faut accepter qu'il y ait toujours un peu de son papa et de sa maman avec lui dans cette vie de famille. »
Les professionnelles insistent encore : l'accueil familial n'est pas une adoption. « Les familles d'accueil n'ont pas l'autorité parentale, qui reste entre les mains des parents. Il y a des décisions qu'on ne peut pas prendre soi-même, et il faut toujours laisser cette place aux parents. »
La peur de se retrouver seul constitue un frein majeur chez les candidats. « Mais nos services sont disponibles tous les jours. J'aimerais encourager les gens : n'ayez pas peur, osez franchir la porte de nos services pour prendre des renseignements », lance Aline Noël.
Urgence, court terme, long terme : plusieurs formes d'accueil
Plusieurs types d’accueil coexistent et répondent à des besoins spécifiques : de l’urgence, 45 jours maximum, au long terme, plusieurs années.
“En accueil d'urgence, on prend en charge des enfants qui, du jour au lendemain, voire le jour même, doivent être retirés de leur milieu familial, parce qu’ils sont face à un danger imminent”
Aline Noël, directrice de Famille d'Accueil d'Urgence et de court terme
L'objectif est la mise à l'abri temporaire et, si possible, le retour en famille. L'accueil de court terme, lui, s'étend sur une période de neuf mois, ponctuée d'une évaluation intensive de la situation.
L'accueil dit « moyen-long terme » consiste à accueillir l'enfant sur plusieurs années. « Chaque année, la situation est évaluée. L'objectif de maintenir le lien avec les parents biologiques. L'enfant peut rester au sein de sa famille d'accueil tout le temps que la situation l'exige », précise Daphnée Defêchereux.
Devenir parrain, des week-ends et lors de congés scolaires
Quant au parrainage, c'est « une bulle d'oxygène » : des parrains et marraines accueillent des enfants de 0 à 18 ans, pour des week-ends réguliers ou pendant les vacances. La demande concerne surtout des enfants placés en institution, qui ont des contacts avec leurs parents mais ne peuvent pas retourner vivre chez eux.
Un manque criant de moyens publics
Trente ans après la Marche blanche, commémorée cette semaine, les moyens dédiés à l'aide et à la protection de la jeunesse sont-ils suffisants ? « Pas suffisants. Nos secteurs sont extrêmement engorgés », tranche Aline Noël.
La situation s’est aggravée depuis le Covid : « Dans le nombre de demandes reçues quotidiennement, il y a eu un véritable boom. Les familles sont de plus en plus fragilisées et on a peine à croire que cela va s'améliorer ».
Sensibilisation en novembre et soirée d’infos en janvier
Toutes ces institutions se mobilisent et proposeront, aux alentours de la mi-novembre, une semaine de sensibilisation dans le cadre de la semaine consacrée au droit de l'enfant.
Une soirée d'information destinée aux parents se tiendra le 21 janvier. « Elle s'adressera à toutes les personnes qui voudraient réfléchir à un projet d'accueil, quel qu'il soit : urgence, court terme, parrainage ou moyen-long terme. Nous pourrons répondre à leurs questions et expliquer tout le cadre légal, les étapes de la sélection et le rôle de notre service », conclut Daphnée Defêchereux.
Infos :
https://www.accueil-familial.be/
https://familledaccueil.be/center/laccueil-familial-antenne-luxembourg/