Ce jeudi 15 octobre, l'Invité de la rédaction revient sur la volonté de la Wallonie de réduire le nombre d'élus locaux. Une mesure annoncée dans le cadre du budget wallon. Avec quel impact sur nos communes rurales ? 

Ce lundi 12 octobre, la Wallonie a présenté sa trajectoire budgétaire pour les trois prochaines années voire même au-delà. Dans une communication qui fleurtait avec la déclaration régionale, elle a ainsi présenté des mesures structurelles qui concernent nos communes. À commencer par une diminution du nombre d'élus locaux. Elle souhaite retirer deux conseillers communaux et un échevin par commune pour réaliser des économies. 
Nous avons réunis trois bourgmestres de communes luxembourgeoises de taille moyenne (entre 5 et 6.000 habitants) qui comptent actuellement trois échevins (plus un président de CPAS). Autour de la table :

  • Véronique Léonard (Les Engagés), bourgmestre de Gouvy
  • Philippe Courard (PS), bourgmestre de Hotton et député fédéral
  • Simon Huberty (MR), bourgmestre de Léglise

La Wallonie a annoncé son intention de réduire le nombre d'élus locaux après 2030. Toutes les communes seront donc amputées deux conseillers et d'un échevin. En Province de Luxembourg, ça se traduit donc par 43 échevins et 84 conseillers en moins. Véronique Léonard, est-ce que ça va sauver le budget d'une commune ?

"Moi, quand on m'a parlé du sujet, ça n'a pas été ma première préoccupation. Mais effectivement, inévitablement, ça va avoir un impact sur le budget. On parlait tout à l'heure de plus ou moins 50 000 euros par an dans un budget communal. Ce n'est pas anodin. Mais moi, je trouve que l'impact, il est plus dans la force de travail de l'équipe communale, de l'équipe des échevins et du bourgmestre".

"Une personne en moins, de façon immanquable, ça aura une répercussion sur notre force de travail"
Véronique Léonard, bourgmestre de Gouvy

Vous aviez essayé en début de législature de vous passer d'un échevin.

Véronique Léonard :  "Effectivement. Il y a huit ans, quand on a remporté la majorité, on a décidé de fonctionner avec un échevin en moins. On avait pris cette fameuse disposition particulière qui était possible : voter la diminution de la composition du collège. Mais au bout d'un an, on s'est rendu compte que si on voulait être plus efficaces au niveau des dossiers à mener, c'était important de reprendre un échevin en plus. Dans nos petites communes, on est échevins, mais on travaille aussi sur les dossiers. On n'a pas de cabinet pour nous accompagner. On a des membres du personnel, mais qui ont déjà leur tâche. Et vraiment, la composition de dossiers est du ressort des membres du collège, accompagnés ou pas de membres du personnel communal. Donc une personne en moins, de façon immanquable, ça aura une répercussion sur notre force de travail".

"C'est une mesure symbolique, de l'enfumage"
Philippe Courard, bourgmestre de Hotton

Philippe Courard : "L'application de cette proposition, c'est pour 2030-2031, pour la prochaine législature. Donc, il n'y aura pas d'économie communale immédiate, or c'est présenté dans le budget wallon. Donc je ne vois pas pourquoi ce gouvernement donne des injonctions aux communes. Et en ce qui concerne le fond, ce n'est pas une bonne mesure. Parce que plus la commune est petite, plus elle est rurale, plus l'échevin a un rôle d'employé communal, plus il doit poigner dans les dossiers, plus il doit avoir de la disponibilité. Or, nous ne disposons pas nécessairement d'un personnel aussi étendu que dans les communes qui sont plus importantes. Et donc, la synergie entre l'échevin et le personnel communal doit être totale et entière pour être efficace. Donc pour moi, c'est de la force de travail en moins, c'est de l'efficacité en moins, d'autant qu'on charge de plus en plus les communes".

"Il faut être un peu un MacGyver quand on veut faire de la politique locale"
Simon Huberty, bourgmestre de Léglise

Simon Huberty : "Je rejoins mes collègues, même si je pense qu'il faut aussi avoir à l'esprit que des économies sont nécessaires. Moi, j'ai envie de répondre en deux temps. Ça va être une complication. On va devoir répartir le travail sur moins de têtes. Mais je pense que les élus locaux ont le bon sens chevillé au corps. Il faut être un peu un MacGyver quand on veut faire de la politique locale. Donc je pense qu'on s'en sortira, à la condition qu'on nous fixe un cadre clair qui ne va pas changer tous les deux, trois ans. S'il y a une réforme des institutions communales, avec une réduction de la voilure, qui permet de maintenir nos communes existantes, moi, je signe tout de suite. Mais je ne voudrais pas que nous fassions tous ces efforts sur le dos des élus locaux pour que, dans dix ans, on vienne avec des fusions imposées.

Ecolo Luxembourg craint pour la représentativité démocratique

Nous avons également recueilli la réaction d'Ecolo Luxembourg, par la voix d'un de ses co-présidents, le conseiller communal arlonais, Romain Gaudron :

"Nous sommes très inquiets pour les plus petites communes, les communes rurales. Je pense que le gouvernement wallon a pris une décision qui est très urbaine. Si à Charleroi on enlève 2 conseillers communaux sur 51, le poids n'est pas le même que dans nos petites communes rurales, où on en enlève 2 sur 9 ou 2 sur 11. (Notons que la Wallonie veut également plafonner le nombre de conseillers à 45 ndlr). C'est une forte diminution en pourcentage et qui va vraiment impacter la représentativité démocratique dans nos petites communes rurales. Je suis aussi inquiet par rapport à la diminution des membres du collège communal, puisqu'on va passer de 3 à 2 échevins alors qu'on sait que la charge est déjà significative. Ils ne peuvent pas vivre uniquement de leur mandat politique. Ils doivent avoir une vie professionnelle à côté. L'équilibre avec la vie professionnelle va être très compliqué à trouver. On avait déjà vu qu'en 2024, la presse avait relayé le « blues des mandataires », avec d'importantes défections du nombre de mandataires. À nouveau, cette réforme ne tient pas compte des situations rurales".

Est-ce que ça va aggraver ce blues des mandataires ?

Philippe Courard : "Évidemment, je partage à 100 % la déclaration de M. Gaudron. C'est déjà compliqué. Il faut que les gens sachent qu'un échevin dans une commune comme la nôtre, c'est 1 500 euros nets de rémunération, ce qui nécessite d'avoir au moins un mi-temps complémentaire. Les sollicitations nécessitent vraiment une présence au quotidien : jour, férié, week-end et en soirée. Un bon mandataire communal qui est impliqué a énormément de travail. Supprimer des représentants démocratiques, c'est faire en sorte que des villages ne soient plus représentés au sein des conseils communaux.17 élus sur 5 700 habitants, est-ce que c'est pléthore quand on voit que le jeton de présence est de 100 euros, peut-être ? Parce que la démocratie, elle s'exerce surtout au niveau de la commune".

Est-ce que ça peut nuire à la représentativité démocratique au sein d'une commune — deux élus en moins, un échevin en moins ?


Simon Huberty :
"Moi, très honnêtement, je pense que non. Puisque, une fois de plus, je le répète, on sent qu'il y a quand même une attente de la population pour une diminution du nombre de politiques. Et donc moi, je ne suis pas pour dire que les communes et les pouvoirs locaux doivent être exempts de cette diminution. Je pense qu'il faut mettre le débat sur la table, mais à la condition également que ce débat ait lieu pour l'ensemble des niveaux de pouvoir. Parce que ça ne serait pas juste qu'on réduise dans les communes, à la province, et qu'au Fédéral, à la Région, à la Fédération-Bruxelles, il n'y ait pas ce débat-là. Si on ne s'attaque qu'au niveau local, là, je suis d'accord de dire que c'est cosmétique".

Charges supplémentaires et fusions en tous genres

On notera que certaines petites communes, comme Rouvroy, perçoivent cette diminution annoncée du nombre d'élus comme une pression supplémentaire pour forcer les communes à fusionner entre-elles. Dans cet échange, nos élus évoquent également l'impact de la fusion de l'administration communale avec celle du CPAS alors que les effets de la réforme du chômage se font sentir. Autre modification structurelle en cours dans le paysage des pouvoirs locaux, la réforme des provinces est également revenue lors de la présentation de la trajectoire budgétaire wallonne, ravivant le spectre d'une fuite de la fiscalité luxembourgeoises vers d'autres régions.

Une émission à voir sur notre antenne, ce jeudi 15 octobre juste après le JT de 18h.