Les vagues de sécheresse successives impactent directement les cultures et les élevages. Dans quelles mesures ? Quelles seront les pertes subies par les agriculteurs et à quelles  compensations éventuelles peuvent-ils espérer prétendre ?
Dans les communes, il revient aux commissions de dégâts aux cultures de constater les situations.

Des prairies roussies par le soleil. Partout sur les 130 ha que Gérard Henry exploite autour du village de Ethe, le même constat de sécheresse. Plus un brin d’herbe pour nourrir son cheptel. Même pas cette petite bande d’apparence un peu plus verte où se sont regroupées quelques bêtes.

"là ? C'est un marécage. Il n'y a que des joncs, qui donnent cette apparence plus verte. En temps normal, on voit l'eau qui stagne à la surface. Les vaches y vont juste trouver un peu de fraîcheur, mais pour la nourriture, elles retournent d'elles-mêmes à l'étable"
Gérard Henry, agriculteur à Ethe

Converti au bio, l’agriculteur gaumais s’est tourné vers le Limousin, jugé plus rustique. Quatre-vingt bêtes environ qui  en temps normal trouvent ce dont elles ont besoin en prairie, contraintes d'entamer les réserves d'hiver. Aussi tôt dans l’année, c’est du jamais vu. "D'habitude, on commence à donner le foin aux alentours de la mi-octobre. C'est incroyable"

Dans cette région du sud-Luxembourg, la situation touche l’ensemble de la profession. Hervé Lieffrig est éleveur de vaches laitières. Les volumes produits sont à la baisse. 

"J'en parlais avec un collègue. En deux semaines, les vaches ont produits 15% en moins. En deux semaines seulement. Sans compter les pertes au niveau des élevages"£
Hervé Lieffrig agriculteur à Ethe

Les cultures de céréales n’ont pas été épargnées. Sêchés, bloqués en pleine croissance, les poids, les seigles, les épeautres... atteignent à peine les trois quart de leur masse normale. Même constat pour les maïs…  

"Regardez, je l'ouvre avec vous... Toute petite. Des grains qui manquent. La moitié de sa taille normale. Ça veut dire moins de volume pour l'hiver nourrir le bétail. Et la conservations ? Auront-elles suffisamment de sucre pour assurer la fermentation ?"
Gérard Henry, agriculteur à Ethe

Ces carottes faméliques, Gérard Henry les emportées avec lui comme pour convaincre, s’il le fallait encore, la commission communale de constat de dégâts aux cultures. Autour du maire : des experts agronomes, l’un indépendant, l’autre mandaté par la Wallonie, chargés d’évaluer la hauteur des pertes, rapportées, pour chaque type de culture,  par les agriculteurs locaux. 47 dossiers sont sur la table. 

"On regarde tous les dossiers rentrés par les agriculteurs. On compare avec les données dont nous disposons au centre de recherche et on essaie de tomber d'accord sur un pourcentage de perte" 
Arnaud Farinelle, expert agronome asbl Fourrages Mieux 

Cette première évaluation sera suivie d’une seconde en fin d’année.
Confrontées aux données IRM sur 20 ans, les conclusions remonteront jusqu’au gouvernement, qui jugera ou non de l’exception climatique, et selon,  des compensations financières à accorder aux agriculteurs wallons, directement impactés par les vagues de chaleurs…