À la Petite Foire Paysanne de Tournay, qui se déroule à dix kilomètres de la "grande", producteurs et consommateurs partagent une même volonté: défendre une alimentation locale à taille humaine. Mais entre les intentions des consommateurs et leurs habitudes d’achat, l’écart reste important.

Derrière son étal, Olivier Henneaux présente ses échalotes avec le sourire. « Si je ne les vends pas, je ne les plante plus», dit-il à une collègue. S'il conserve encore le sourire, l’avertissement est sérieux. Cette année, le producteur de Tournay éprouve davantage de difficultés à écouler ses légumes, ses fruits et ses agneaux.

Le constat dépasse son exploitation. Selon les données 2025 publiées par Biowallonie et l’APAQ-W, 98,3 % des Wallons ont acheté au moins un produit bio au cours de l’année. Mais sur 100 euros consacrés à l’alimentation, seuls 5,60 euros vont à des produits bio. Le bio touche donc presque tous les consommateurs, sans représenter une part importante de leurs achats quotidiens.

À la Petite Foire, les visiteurs reconnaissent les enjeux du circuit court. Plusieurs évoquent toutefois le prix, le manque de temps ou la possibilité de réaliser toutes leurs courses dans une grande surface. Une contradiction que les producteurs connaissent bien. En été, certaines récoltes doivent être transformées ou données faute d’acheteurs. 

Pour Olivier Henneaux, la solution ne consiste pas forcément à placer ses produits dans les grandes surfaces. Ce mode de commercialisation ne correspond pas au lien direct qu’il souhaite conserver avec les consommateurs. Mais sans davantage de visibilité et de clients réguliers, il craint de voir la filière stagner.

Le Mouvement d’Action Paysanne défend notamment le regroupement de plusieurs métiers dans un même lieu. Maraîchers, boulangers, bouchers ou fromagers pourraient ainsi proposer une offre plus complète et éviter aux clients de multiplier les déplacements.

Des solutions existent donc du côté des producteurs. Mais l’avenir de cette agriculture se joue aussi dans les habitudes de consommation. Pour rendre le modèle viable sur le long terme, les achats occasionnels doivent désormais devenir plus réguliers.