Il fait sec depuis plusieurs semaines, et cela se remarque sur le champ de foire. Le soleil brille, les quelques espaces verts sont roussis et certains visiteurs n'ont d'ailleurs pas hésité à sortir la chemise hawaïenne.
Pour son 100ème anniversaire, la Foire de Libramont n'échappe pas aux effets du réchauffement climatique, qui touche particulièrement le secteur agricole.
Jean-François Piérard, président de la Foire de Libramont :
« L'agriculture existe depuis 10.000 ans. Mais je crois que, depuis le début, les agriculteurs n'ont jamais cessé de modifier leur façon de travailler en fonction des changements de temps, des saisons, etc. Aujourd'hui, nous sommes à nouveau à un grand tournant, parce que tout s'enchaîne. Il y a évidemment les contraintes climatiques, auxquelles s'ajoutent les contraintes environnementales et les attentes de la société, qui sont importantes et auxquelles tout le monde doit répondre. »
En cent ans, le métier a profondément évolué. Mais une chose n'a pas changé : les agriculteurs gardent depuis toujours un œil attentif sur la météo, dont leur activité reste tributaire. Aujourd'hui plus que jamais, le réchauffement climatique est une réalité à laquelle il faut s'adapter. Quentin Goffinet, vice-président de la FUGEA :
« Depuis quelques semaines, nous rencontrons beaucoup de difficultés, notamment au niveau du bétail, qui souffre des fortes températures. Nous avons également des difficultés dans les différentes cultures, avec des cultures de printemps qui peinent à se développer. »
Daniel Coulonval, président de la FWA :
« Le coût est lourd à supporter, parce qu'il faut déjà puiser dans les stocks de fourrage pour alimenter les animaux dans les prairies. Depuis plusieurs années, ces conditions extrêmes réduisent les productions. »
Des baisses de rendement parfois importantes. Dans les cultures, le secteur évoque même un point de bascule en matière de production.
Bernard Haspeslagh, administrateur d'une entreprise de culture et de surgélation de légumes :
« Au cours de mes plus de 40 ans de carrière, nous avons connu une croissance continue des rendements d'environ 2 % par an. Cela ne semble pas énorme, mais sur 30 ans, cela revient pratiquement à les doubler. Depuis une dizaine d'années, en revanche, cette progression s'est inversée : selon les cultures, nous enregistrons plutôt des baisses de 10 à 20 %. L'impact est donc vraiment très net. »
La forêt, autre secteur, est aussi bien représenté sur la foire. Nos massifs forestiers n'échappent pas, eux non plus, au réchauffement climatique. Les experts les voient, lentement mais sûrement, changer de visage.
Marie-Pierre Tasseroul, chercheuse en foresterie (Gembloux Agro-Bio Tech) :
« Nous allons connaître des périodes beaucoup plus sèches, mais aussi des étés très pluvieux, comme ceux que nous avons connus l'année dernière ou l'année précédente. Ce sont des événements qui risquent de se reproduire et de gagner en intensité. Évidemment, la forêt ne sera plus tout à fait la même qu'aujourd'hui, avec une dominance moins marquée du hêtre, par exemple en Ardenne. Mais j'ai bon espoir que cette essence restera présente. Je ne pense pas qu'il faille imaginer que les forêts ardennaises seront demain recouvertes de pins, de chênes verts ou d'autres essences typiquement méditerranéennes. »
L'agriculture semble aujourd'hui entrer dans une période charnière, où l'évolution devra rimer avec adaptation. S'adapter pour mieux résister.