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Des élus du sud-luxembourg signent une carte blanche contre Vivalia 2025

Des élus du sud-luxembourg signent une carte blanche contre Vivalia 2025
Photo d'illustration - archipelago
 Publié le samedi 25 septembre 2021 à 15:54 - Mis à jour le jeudi 30 septembre 2021 à 18:32    Arlon - Aubange - Martelange - Messancy - Saint-Léger

Alors que Vivalia s'apprête à déposer son permis pour la construction d'un hôpital centre-sud à Houdemont (Habay), cinq communes du sud de la Province rappellent leur opposition au projet. Dans une carte blanche 115 signataires dénoncent une "impasse financière, sociale et de santé publique".


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On aurait pu croire que seule la commune d'Arlon s'opposait encore au projet de création d'un nouvel hôpital à Houdemont en lieu et place des sites aigus de Libramont, Bastogne et Arlon. Ce samedi, une carte blanche relance le combat des communes du sud. Parmi les signataires on retrouve ainsi les bourgmestres de Martelange, Aubange, Messancy, Arlon et Saint-Léger. Seule la commune d'Attert manque à l'appel des communes de l'arrondissement d'Arlon. On notera également la présence des quelques médecins, infirmières et kinés.

Des moyens plutôt que des briques

Les arguments soulevés par les opposants à l'hôpital d'Houdemont ne sont pas neufs, ils questionnent l'impact écologique et financier du projet, dénoncent le management actuel de Vivalia et la fuite des patients et médecins vers le Luxembourg. Plus largement, la carte blanche regrette le  choix "d’attribuer les moyens financiers à des briques plutôt que d’investir dans un projet médical digne de ce nom, des techniques modernes, un cadre de travail intéressant pour les prestataires afin qu’ils puissent s’y épanouir".

La carte blanche se termine par un appel à revoir le projet, bien que le management ait encore récemment affiché toute sa détermination à le poursuivre tel quel  :

"De grâce, osez revoir votre position avec courage et privilégiez les moyens pour les soins aux personnes ainsi que pour les personnels médical et paramédical plutôt que pour de l’immobilier superflu".

CARTE BLANCHE  Vivalia 2025 – IMPASSE FINANCIERE, SOCIALE ET DE SANTE PUBLIQUE
Le projet Vivalia 2025 (en particulier l’implantation hospitalière à Houdemont) reste une imposture écologique mais plus encore une impasse financière, sociale et de santé publique.

1) Management désastreux : les anciens directeurs médical et général ont laissé à leur départ les CSL dans une situation très satisfaisante, l’outil de travail était performant, la situation financière saine, revenant de loin. La quantité et la qualité des personnels médical et paramédical étaient suffisantes, bien que l’appel des sirènes luxembourgeoises était déjà présent. Les spécialistes se bousculaient même pour en faire partie, vu le climat serein, humain et la qualité de vie qui en résultait. Il suffisait donc au nouveau management de développer une bonne collaboration en réseau (comme l’exige la loi) avec les autres centres hospitaliers de la province en mettant sur pied un statut médical unique pour les différents sites, un dossier médical informatique unique et en particulier une rationalisation des soins lourds afin de prodiguer des soins performants. Evidemment, tout en poursuivant les investissements de modernisation nécessaires des hôpitaux pour y maintenir et développer la qualité des soins. Il faut envisager la gestion avec humanisme, la démarche ne peut être purement financière. Pour information, dans le cadre d’une activité multi-sites, l’objectif premier devrait être de faciliter les relations entre les services des différents sites afin de stimuler la collaboration. Rien de cela n’a été entrepris, les statuts médicaux et paramédicaux sont toujours différents, l’Avenir l’a rappelé récemment dans l’affaire Bauwens (qui avait développé un département rééducation des vertiges que les universités enviaient), où il apparaît que les rétrocessions des prestataires diffèrent d’un site à l’autre à tel point que ceux-ci communiquent par avocat interposé pour faire valoir leurs droits. Autre exemple, départ massif des pharmaciens hospitaliers de l’IFAC pour les mêmes raisons.

Le « stratège », directeur général, a préféré la stratégie bien connue du « diviser pour mieux régner » plutôt que l’harmonisation dans les différents sites.  

Les personnels médical et paramédical souvent harcelés et non-suivis dans leurs demandes légitimes pour effectuer un travail de qualité, désertent en grand nombre, au Grand-Duché en particulier ce qui cause un vide devenu catastrophique en ressources médicales pour la population.

Exemple : en pédiatrie, gastroentérologie, orthopédie, chirurgie, neurologie, réanimation, radiologie… c’est le vide qui se fait progressivement. La raison du départ invoquée n’est certainement pas d’abord l’appât du gain mais l’impossibilité d’exercer dans des conditions idéales. Le drame est d’autant plus sévère que les spécialistes qui fuient sont des praticiens dont la renommée n’est plus à faire.

Les patients n’ont plus d’autre solution que de suivre leur spécialiste vers la clinique qu’ils ont choisie ou se diriger vers d’autres hôpitaux comme le CHU, Mont-Godinne, UCL… Qu’adviendra-t-il des personnes disposant de moyens réduits ?

2) Choix d’attribuer les moyens financiers à des briques (Houdemont) plutôt que d’investir dans un projet médical digne de ce nom, des techniques modernes, un cadre de travail intéressant pour les prestataires afin qu’ils puissent s’y épanouir (les briques n’ont jamais soigné personne). Cette décision a été prise par un management qui échappe totalement au contrôle d’un conseil d’administration qui se dit paralysé par la volonté des chefs de partis dont on peut comprendre la méconnaissance du fonctionnement et des besoins des soins hospitaliers bien que l’on puisse le déplorer. Ce management a mis en route un train fou qui court à la catastrophe sanitaire, catastrophe qui sera d’autant plus durable qu’il est illusoire d’espérer un afflux de candidatures dans de telles conditions.  

3) Aspect financier : tous les niveaux de pouvoir cherchent actuellement de l’argent particulièrement en cette période où il va falloir faire face aux désastres causés par les dernières inondations exceptionnelles que nous venons de connaître. Cette catastrophe trouve en partie son origine dans l’urbanisation massive qui rend les sols imperméables à l’eau. Un nouveau chantier d’une telle ampleur accentuera encore le phénomène.

Le projet de nouvel hôpital de 700 lits coûtera, à n’en pas douter, plus du double du montant annoncé au vu de l’évolution récente et inarrêtable des prix dans le secteur de la construction. Si vous avez pris connaissance de l’entièreté du projet dont on peut penser qu’il est sorti d’un conte de fées avec hôtel hospitalier, garderie d’enfants, piste cyclable, terrain de sport, navette écologique… vous devez en être convaincus. De plus, une étude a prouvé qu’il n’était jamais judicieux de construire un hôpital à proximité d’une autoroute au beau milieu des champs.

Une étude d’incidence sur l’implantation à Houdemont a été menée, à notre connaissance, le résultat n’est pas connu et il semblerait pourtant que l’on poursuive le projet. De qui se moque-t-on ?  Nous rappelons que deux propositions détaillées ont été mises en perspective, l’une par le Professeur De Wever et l’autre, par le duo formé du directeur général et du Dr. Gillet. Jamais la première, n’a été présentée en détails au public.

4) Quelle est la patientèle susceptible de se rendre à Houdemont ? Aucune enquête n’a été menée auprès de tous les médecins traitants de la province de Luxembourg, y compris ceux de la région de Longwy et du canton de Gedinne pour connaître l’hôpital que choisiraient leurs patients en cas d’effacement des hôpitaux de Libramont et d’Arlon. Il y a fort à parier que toute la région frontalière, de Bastogne à Arlon-Virton ainsi que celle de Longwy, se dirigera vers le Grand-Duché car les habitants bénéficient des droits des frontaliers et qui plus est, pour la moitié d’entre eux, ils sont assurés par la sécurité sociale grand-ducale. Les personnes de la région Houffalize-Vielsalm-Gouvy se rendent déjà vers les hôpitaux liégeois et ceux du canton de Gedinne (Bièvre-Graide-Gedinne-Carlsbourg-Wellin-Tellin-Haut-Fays, Vresse-Alle-Bohan- Bouillon) qui fréquentaient Libramont se dirigeront plus que vraisemblablement vers Dinant, Namur et Mont-Godinne. Ce qui laisse une clientèle potentielle bien maigre pour Houdemont.

5) Le Covid nous a montré à suffisance la rapidité avec laquelle la connectivité et le numérique pouvaient progresser dans le domaine médical. Les mastodontes médicaux tels le Mont-Légia et le Grand hôpital de Charleroi pourraient bien connaître de graves difficultés d’amortissement avant que l’hôpital de demain n’arrive. Celui-ci sera vraisemblablement réduit à accueillir les urgences et les techniques (laboratoire, radios, …).

6) Les nouveaux rebondissements dans Vivalia, nous font ajouter un point supplémentaire si cela était encore bien nécessaire. Le directeur général aura fait le vide autour de lui (le Dr Gillet, tous les spécialistes et personnel infirmier cités précédemment et la cerise sur le gâteau, si l’humour est permis, Madame la présidente de Vivalia dont on tient à souligner le courage). Quelques chiffres si besoin est pour illustrer encore plus précisément la catastrophe sanitaire, rien que pour Arlon : spécialistes partants ou partis : 4 spécialistes en moins en Réa, 1 aux Urgences, 3 en Orthopédie, 1 en Pédiatrie, 2 en Gastroentérologie, 3 en Neurologie, 1 en Chirurgie Digestive, 1 en Chirurgie Vasculaire, 3 en Radiologie et de plus en plus de spécialistes ne travaillant plus que partiellement en clinique. Quant au niveau « infirmier », la situation est encore plus alarmante, rien qu’au bloc opératoire, depuis 2018, 26 ont quitté. Vous comprendrez aisément que dans ces conditions, la qualité des soins est sérieusement impactée. Tout cela, en raison d’un management qui donne la priorité à l’économie et aux briques plutôt qu’aux résultats de santé comme le demande le nouvel administrateur général de l’INAMI. « Errare humanum est, perseverare diabolicum ». De grâce, osez revoir votre position avec courage et privilégiez les moyens pour les soins aux personnes ainsi que pour les personnels médical et paramédical plutôt que pour de l’immobilier superflu.

 En conclusion, si d’aventure, au vu de la rapide évolution des choses, il fallait repenser le problème ultérieurement, il serait encore temps. Nous sommes donc totalement opposés au projet Vivalia tel que présenté.

Signatures Carte Blanche Vivalia 2025 (2)

La réponse de Vivalia à cette carte blanche - 29/09/21

Nous avons pris connaissance de la carte blanche publiée dans plusieurs médias cette semaine, signée par une centaine de personnes s’opposant au projet Vivalia 2025.
A l’aide d’études neutres et précises dont nous disposons, nous pourrions sans grande peine rétorquer point par point, objectiver les faits et rectifier ce qui est avancé sans être étayé. Mais nous préférons répondre par un appel... et un rappel. Nous pensons en effet qu’il est grand temps de prendre de la hauteur par rapport à ce projet qui doit être celui de tous les habitants de cette province et des régions limitrophes.

Vivalia 2025 vise en effet à garantir que nous
pourrons encore bénéficier, à l’avenir, d’une médecine de qualité et de proximité et assurer un outil performant et attractif au personnel, aux médecins et aux paramédicaux indépendants.

Chacun a pu constater que le projet avance, qu’il se concrétise davantage malgré les embûches, malgré certaines hostilités, malgré le Covid... Le Conseil d’administration de Vivalia lui a encore donné une impulsion supplémentaire ce mardi 28 septembre en votant, à une très large majorité, la validation de la demande de permis unique qui sera donc introduite dans quelques jours auprès des autorités compétentes et répondra de manière documentée et objectivée à certaines craintes, tant en matière d'imperméabilisation des sols, d'impact environnemental ou de mobilité. Arrêtons les anathèmes, sous-entendus et accusations ! Nous réitérons notre volonté d’instaurer au plus vite un échange constructif dans le cadre d’une vision à long terme dont les soins de santé de notre Province ont un réel besoin pour assurer leur avenir.

Comme nous l’avons déjà proposé, nous sommes disponibles et ouverts pour apporter aux communes, aux associés, aux habitants qui le souhaitent, des explications et des réponses objectives, en toute transparence. Nous saluons à cet égard la démarche de la commune d’Attert dont le Collège souhaite rencontrer le Directeur général et le Directeur général aux Affaires médicales de Vivalia. Le temps doit être au dialogue et à l’écoute. C’est la meilleure manière de dépassionner ce dossier, de l’objectiver et que chacun puisse mesurer par lui-même que l’enjeu dépasse de loin les ressentiments, les intérêts personnels et les croyances.

Nous devons avancer ensemble vers un projet commun, essentiel pour maintenir des soins de
santé de qualité et de proximité dont la population a besoin.
Voilà le premier enjeu. Il nous concerne toutes et tous.

 


Frédéric Feller