Légende du football anglais et mondial, Kevin Keegan s'est éteint ce lundi à l'âge de 75 ans. Le Bouillonnais Philippe Albert a évolué sous ses ordres à Newcastle et à Fulham. Il ne retient que du positif du double Ballon d'or.
Philippe Albert, quel a été votre sentiment lorsque vous avez appris le décès de votre ancien entraîneur Kevin Keegan ?
Un énorme sentiment de tristesse car Kevin Keegan était une personne fantastique, hors du commun et qui n'avait que des qualités. Malgré sa carrière absolument extraordinaire comme joueur ou comme entraîneur, il est resté quelqu'un d'une humilité et d'une gentillesse incroyables. Depuis lundi, je pense beaucoup aux moments partagés avec lui, à Newcastle et à Fulham. Je pense également à son ami et adjoint Terry McDermott, qui est malade.
Que vous a-t-il apporté sur le plan personnel ?
Enormément de choses. Nous partagions la même philosophie footballistique mais c'est surtout humainement qu'il m'a beaucoup donné. Tous ceux qui ont joué à ses côtés vous le diront, c'était une chance extraordinaire d'être à son contact. Ce sentiment, je le partage avec des gars comme Peter Beardsley, David Ginola ou encore Alan Shearer. Il était l'incarnation du professionnalisme et de la gentillesse.
Sur le plan footballistique, quelle était son approche ?
Comme Johan Cruyff ou Pep Guardiola, il prônait le football total et le collectif. On l'oublie souvent mais Kevin Keegan était un précurseur dans les années 1990. Ce qu'il a fait avec Newcastle relève de l'exploit. Quand il reprend les rênes de l'équipe, le club est au bord du gouffre en deuxième division. Et en l'espace de deux ans, il en fait une formation capable de jouer le titre en Premier League et active en coupe d'Europe.
Vous rejoignez Newcastle en 1994. A-t-il été actif dans votre transfert ?
Oui car il était consultant pour la BCC lors de la Coupe du monde 1994. Il a commenté deux de nos matches avec les Diables et m'a repéré. Ensuite, il a été impliqué dans mon transfert lors duquel Newcastle a déboursé beaucoup d'argent à Anderlecht pour me recruter.

Philippe Albert a joué sous les ordres de Kevin Keegan de 1994 à 1997 à Newcastle puis en 1999 à Fulham. Source : Fulham
Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet de Newcastle ?
Le charisme de Keegan tout d'abord. Sa façon d'être, sa façon de voir le football. Je le rejoignais dans cette philosophie. Puis, avec Keegan, l'argent venait en dernier lieu. Vous étiez séduit dès le début de son discours. Tout le monde était en admiration quand il entrait dans une pièce.
C'est un des éléments qui revient souvent à son propos : sa personnalité semblait faire l'unanimité ?
C'était le cas. Partout où il passait, il était adulé. Même ses adversaires l'applaudissaient. Il ne faut pas oublier qu'il a été le premier joueur anglais à s'imposer à l'étranger. C'était une superstar. Kevin Keegan est une légende à Liverpool, à Hambourg où il a remporté deux ballons d'or, à Southampton et à Newcastle. Dans le nord-est de l'Angleterre, c'est un dieu vivant. Lors de mon arrivée à Newcastle, certains entraînements étaient ouverts au public. Kevin Keegan rentrait au vestiaire une à deux heures après nous car il prenait le temps de signer des autographes et de faire des photos avec chaque supporter. Sa personnalité n'avait rien à voir avec la génération actuelle.

Kevin Keegan a entraîné Newcastle de 1992 à 1997 puis en 2008. Source : Mirrorpix
Une légende partout où il est passé.
En effet. C'était également un sex symbol dans les années 1970-1980. Il est marié depuis 1974 à sa femme, Jean. Et bien, il ne pouvait pas aller faire ses courses, sans quoi cela aurait provoqué une cohue. À tel point que sa femme avait une carte de banque qui ne mentionnait pas le nom de son mari.
Quelle trace va-t-il laisser sur le football anglais et mondial ?
Une trace éternelle, pas seulement pour le footballeur ou l'entraineur mais aussi pour la personne qu'il était. Il forçait le respect en Angleterre et à l'étranger. Il a tout gagné et ne va laisser que du positif. Nous avons vraiment perdu quelqu'un d'extraordinaire.

Kevin Keegan et la C1 remportée avec Liverpool en 1977. Source : Sipa