Dépenses non justifiées, remboursements multiples, travail non déclaré, absence de contrôle budgétaire : le Groupement Hippique Sud est devant l’obstacle.
Un administrateur provisoire a été désigné et une information pénale est ouverte.
Le nouveau conseil d'administration a reçu mandat pour éventuellement réclamer son dû.
Les commentaires publiés sur les réseaux sociaux ces dernières semaines avaient laissé entrevoir de fortes dissensions internes au Groupement Hippique Sud, conduisant plusieurs administrateurs à remettre leur démission, huit sur onze, dont Jacques Fraselle, président depuis 25 ans, “figure historique” du GHS.
Mais ce qui pouvait apparaître au mieux comme des divergences de vue, au pire comme une lutte de pouvoir, cache une gestion sans réel contrôle au sein du Groupement Hippique Sud (GHS) dont l’avenir, osons-le, s’annonce telle une course d’obstacles, dont on ne sait par avance si cavaliers et montures la termineront… sans pénalité.
Le Groupement Hippique Sud est à un tournant
L’assemblée générale de ce lundi soir 4 mai à Bertrix, marquera un tournant dans l’histoire de cette association de cavaliers, éleveurs, propriétaires de manèges… Une rupture avec le passé. Et une rupture de confiance.
Après 25 ans à la tête du GHS, le président démissionnaire Jacques Fraselle passe donc la main.
Le conseil d’administration est presque entièrement renouvelé : hormis trois administrateurs reconduits (Rita Dupont, Charlotte Hénaut et Michaël Jacquemin) et un retour (Cécile Dubuisson), dix nouveaux membres ont été élus.
La passation aurait pu s’écrire avec des fleurs, s’il n’y avait cette rupture de confiance.
Les nouveaux administrateurs du GHS pourront réclamer leur dû
Au terme de cinq heures de débat, ce lundi soir, la centaine de membres a aussi -fait rare- accordé la possibilité à son nouveau conseil d’administration d’introduire une action en justice à l’encontre de huit anciens administrateurs, dont son ex-président, pour des fautes de gestion au dépend du GHS, et la possibilité de leur réclamer personnellement le remboursement de dépenses et frais de justice dont le Groupement s’estimerait lésé.
A plusieurs sources, on parle d’une quinzaine de milliers d’euros non justifiés, et d’une quarantaine de milliers d’euros en frais de justice.
Un administrateur provisoire pour remettre de l'ordre dans les comptes
Arguant d’un manque de visibilité sur les comptes et budget du GHS dont elle est membre, et en conflit sur l’organisation de son concours Testage Tour, l’association des éleveurs de chevaux de sport de la province de Luxembourg (ADECLUX), a requis le tribunal de l’entreprise début février. Lequel a désigné le 21 février un administrateur provisoire, en la personne d’Alain Lohnienne réviseur d’entreprise à Sprimont, chargé de remettre de l’ordre dans les comptes.
Ce lundi soir lors de l’assemblée générale de cette association de cavaliers, éleveurs, propriétaires de manèges, l’administrateur provisoire a fait le constat d’une gestion des deniers de l’asbl, a minima négligente de la part de son président, et à tout le moins dommageable à l’encontre de l’asbl.
Dans l’analyse qui nous est parvenue, il fait état “de manque de transparence, d’irrégularités comptables, d’une confusion persistante entre les finances de l'association et les dépenses personnelles de son Président ; l'absence de contrôle interne sur les notes de frais”, dont certaines, nous revient-il, sont non ou mal justifiées. “Ces faits, pris dans leur ensemble, sont constitutifs de manquements graves aux obligations de gestion désintéressée qui s'imposent à tout mandataire d'une ASBL”.
En outre, ces remboursements, dont la hauteur dépasse les plafonds d'exonération, pourraient avoir comme conséquence que l’asbl pourrait être reconnue, aux yeux de l’onss, comme employeur.
Ce n’est pas rien : le GHS pourrait se voir réclamer des cotisations sociales avec effet rétroactif.
Le dérapage du gala de fin d'année du GHS
L’administrateur a encore mis en évidence le dérapage budgétaire lié à la soirée de gala qui s’est tenue fin novembre à Bastogne, dont les dépenses ont littéralement explosé : 32.000€, pour un budget initial de 18.000€.
“Un tel dépassement est inacceptable. (...) Un dépassement de cette ampleur aurait dû faire l'objet d'une autorisation formelle de l'organe d'administration. Engager l'association pour des sommes significativement supérieures au budget approuvé, sans décision collégiale, constitue une faute de gestion caractérisée”.
Il relève encore la vente du matériel de la piste d’obstacles du GHS, sans expertise préalable ni mise en concurrence.
“Cette pratique prive l'ASBL de la garantie d'avoir obtenu le meilleur prix pour un bien lui appartenant, et soulève des questions quant aux critères ayant présidé au choix de l'acquéreur”.
L'ex-trésorier réagit
Ce mardi, nous avons tenté de joindre, sans succès, l’ex-président Jacques Fraselle.
Contacté également, le trésorier sortant Eric Herbeuval, nous explique “regretter l’acharnement sur la personne du président”.
“Nous avons travaillé en toute confiance pendant ces années pour le bien de l’association”.
Mais il reconnaît avoir “découvert, lors de l'exposé par le réviseur, un certain nombre d’éléments, de maladresses, de dépenses exagérées”.
Il ne cache pas que lui et certains autres administrateurs, “qui n’ont jamais rentré de notes de frais, et ont travaillé, beaucoup, bénévolement pour le GHS”, vont prendre un avocat.
Parallèlement, il nous a été confirmé qu’une information pénale a été ouverte par l’auditorat du travail.