Qui se souvient encore de la FUL, la fondation universitaire luxembourgeoise qui, à Arlon, a cédé la place à l'ULiège ? Assurément son ancien directeur, Louis Goffin. Dans un livre et prochainement une conférence, il retrace l'histoire de la FUL de 1971 à 2004.
Doctorant en sciences de l'environnement en 1976 puis professeur, Louis Goffin fut également le dernier directeur de la Fondation universitaire luxembourgeoise (FUL) de 1995 à 2004. Il approuva notamment la fusion, ou plutôt l'absorption, de la FUL par l'Université de Liège en 2004. Plus de 20 ans après cet épisode, il lui semblait important de revenir sur l'histoire de cette institution luxembourgeoise souvent méconnue.
"Je me suis dit qu'il fallait remplir un devoir de mémoire. Même à l'époque, on connaissait le sigle FUL à Arlon, mais beaucoup ignoraient ce qu'on y faisait. On sait que c'est désormais un campus de l'Uliège, mais qu'est-ce qu'il y avait avant ? C'était presque tombé dans l'oubli" explique Louis Goffin.
Dans son ouvrage Louis Goffin retrace donc l'histoire de cette université luxembourgeoise au statut particulier. D'une part, elle ne proposait que des cursus de troisième cycle, d'autre part, elle avait choisi comme sujet d'études, les sciences de l'environnement. Si le sujet s'est aujourd'hui imposé, c'était loin d'être le cas à l'époque.
"C'est vrai qu'à l'époque si la FUL a choisi l'environnement comme thème porteur, c'est parce que les autres universités ne s'en souciaient pas" Louis Goffin, ancien directeur de la FUL
À son apogée, la FUL accueillait 150 étudiants dont près de la moitié était originaire d'Afrique. Attirés par ces études novatrices dans le domaine de l'environnement, comme l'agroécologie ou, plus spécifique encore, l'agrométéorologie.
"C'était des cours très spécialisés pour les pays du Sahel, par exemple, qui avaient subi des sécheresses assez extraordinaires. Et c'est pour ça que nous avons créé ici, grâce à un organisme des Nations unies, l'OMM, l'Organisation météorologique mondiale, un cours d'agrométéorologie destiné aux étudiants ou à des fonctionnaires. Nous avions toujours des rapports importants avec les pays africains, et notamment aussi pour des recherches commanditées par la coopération belge, mais surtout des organismes internationaux" commente Louis Goffin.
La FUL proposait également ses services en Belgique, notamment ses labos de recherche, pour répondre à des demandes des pouvoirs locaux. Certains se souviendront de sa chambre à brouillard, destinée notamment à étudier le phénomène, fréquent sur le viaduc de Beez.
Mais si la FUL fut pionnière en décernant des diplômes européens avec des universités de la Grande Région, elle fut finalement rattrapée par la réforme du paysage universitaire européen. "Bologne voulait homogénéiser l'enseignement avec trois cycles et un nombre d'années affectés à chaque cycle : le bachelier, le master et le doctorat. Et donc, dans ces conditions-là, à partir de 2005, nous ne pouvions plus enseigner, puisqu'on ne voyait pas la FUL ne faire que du doctorat. Et c'est une des raisons pour lesquelles j'avais déjà anticipé les choses et pris les contacts avec les universités, notamment avec Liège, qui allait finalement accepter un partenariat décisif avec la FUL".
L'Université de Liège reprend la main
En 2004, l'Université de Liège reprend le campus d'Arlon et la FUL disparait. Son nom fait désormais partie de l'histoire.
"C'était le prix à payer, parce que l'université de Liège a repris absolument tout le personnel, a repris les contrats en cours de route et ainsi de suite. Évidemment, elle a repris les bâtiments, un patrimoine qui lui a été donné. C'est vrai que c'était cher payé, mais c'était absolument indispensable, si on voulait conserver à Arlon une structure universitaire" conclut Louis Goffin.
Dans son livre, Louis Goffin n'élude pas les difficultés, pour ne pas dire l'opposition, à cette reprise par L'ULG, ni les errements qu'avait connu par le passé la Fondation universitaire luxembourgeoise. Reste néanmoins un sentiment de fierté, celui d'avoir proposé, avant tout le monde, des études sur les sciences de l'environnement. Aujourd'hui, le Campus de L'ULiège perpétue cet héritage et y propose quatre masters:
"Le principal est le master en sciences et gestion de l'environnement, le master en agroécologie, en collaboration avec la faculté d'agronomie de Gembloux, puis deux masters de spécialisation plus spécifiquement pour les étudiants du Sud" explique le président du département d'Arlon, Bernard Tychon, l'un des derniers professeurs en activité à avoir connu la FUL.
"Puis il y a la partie recherche, des recherches dans le domaine de l'environnement, l'énergie du bâtiment, la qualité de l'air, les activités avec les pays du Sud, la gestion intégrée des ressources en eau, et puis toutes les questions médiation et transition. Il faut que la composante environnementale soit davantage prise en considération dans la société. C'était déjà le message dans les années 70 quand la FUL a commencé, mais on se rend compte qu'il faut absolument insister sur cette question de la gestion et l'amélioration de notre environnement" conclut Bernard Tychon.
Une conférence le 11 novembre à Arlon
"La FUL, cette familière inconnue" c'est le titre de la conférence que donnera Louis Goffin le 11 novembre à 18h dans les locaux de l'académie luxembourgeoise, juste à côté de la bibliothèque d'Arlon.
Louis Goffin sera également présent au salon du livre d'Etalle ce 8 novembre.