Le verdict a été prononcé sur le coup de 19h, après 2h30 de délibération, ce jeudi. Mohammed Taoussi, 32 ans et habitant d'Habay-la-Vieille, a été reconnu coupable du meurtre de son fils Wassim, décédé à l'âge de trois ans le 25 novembre 2023. 

Toutes les accusations ont été retenues par le jury de la Cour d’Assises à Arlon, à savoir l'homicide volontaire avec la circonstance aggravante du motif de la haine ou du mépris envers les signes autistiques de son enfant.

À cela s'ajoutent la privation de soins et de nourriture sachant que l'auteur est le père de la victime, mais aussi les coups et blessures entre avril 2022 et novembre 2023 avec la circonstance aggravante que cela a provoqué une maladie ou une incapacité.

Retour sur les plaidoiries

Qu'a fait Mohammed Taoussi durant les heures qui ont précédé le coup de fil au 112 donné par un voisin à midi alors que le petit Wassim était inconscient ? Seul l'accusé peut apporter des réponses, mais il n'en donne aucune au cours de son procès. Toujours présumé innocent, il nie avoir porté des coups à son enfant.

Le 25 novembre 2023, l'accusé dit s'être levé entre 9h30 et 10h30, mais Me Michel, avocate de la famille de la maman de Wassim, apporte sa lecture basée notamment sur un relevé téléphonique.

Ce jour-là, Mohammed Taoussi a utilisé son téléphone pour la première fois à 7h52 pour consulter son compte en banque qui était exsangue. Selon l'avocate, qui s'appuie également sur des témoignages accablants, l'actuel trentenaire était en manque de cannabis, et donc nerveux et impulsif. Il va péter un plomb, battre son fils à mort (déjà hospitalisé deux fois précédemment) et le laisser agoniser dans son lit.

Lorsque les ambulanciers arrivent à Habay-la-Vieille pour réanimer Wassim peu après midi, ils constatent que sa couche est propre, mais que sa chemise est ensanglantée. Son père déclare immédiatement qu'il était malade, qu'il avait été vu par un médecin alors qu'il n'avait plus été ausculté depuis deux semaines.

"Taoussi a autant d’empathie après avoir tué son fils que je n’en aurais après avoir écrasé une mouche".
Julien Docquier - Avocat général

L'avocat général et représentant du ministère public, Julien Docquier, a ensuite pris le relais.

Dans son réquisitoire, il indique que lorsque l'on tentait de réanimer Wassim à la clinique d'Arlon, Mohammed Taoussi avait interpellé une infirmière en disant "Vous, vous savez que je m'en occupe bien".

À cela s'ajoute une série de faits pour le moins troublants : l'accusé mettra la chemise ensanglantée de son fils décédé dans un sac avec des vêtements propres par dessus, il informera les institutrices de la mort de son enfant : elles pleurent, mais lui se plaint de la saisie de son téléphone. Arrêté par la police, il dira qu’il lui faut un bon avocat.

Après l'examen du médecin légiste, 80 lésions ont été constatées sur le corps du petit Wassim. "Vous avez vu le rapport du légiste", a déclaré Julien Docquier. "Il est impossible qu'il se soit fait ça tout seul".

Après la mort de son enfant, Mohammed Taoussi soufflera : "Il n'est plus dans son monde de gogols", en référence aux signes autistiques que Wassim présentait, mais que son père n'a jamais voulu faire diagnostiquer.

"Trois ans après les faits, Mohammed Taoussi ne sait toujours pas de quoi Wassim est mort. Il est bien le seul".

Selon les parties civiles et le ministère public, l'intention de donner la mort doit ainsi être retenue car plusieurs éléments convergent : l’intention peut résulter du nombre de coups portés, de la localisation, de l’acharnement, de l'attitude de l'auteur ou encore de ses paroles pendant ou même après les faits.

Le motif de haine ou de mépris des traits autistiques de Wassim pourrait également être repris comme circonstance aggravante de l'homicide volontaire, de privations de soins et de nourriture et de coups et blessures.

« Le but n’était pas de blesser ou de tuer l’enfant, mais de le réveiller » 
Marc Kauten - Avocat de Mohammed Taoussi

Les avocats de l'accusé reconnaissent que leur client a pu commettre des gestes qui peuvent s'apparenter à des coups, sauf que ceux-ci ont été administrés dans un mouvement de panique dans le but de réveiller l'enfant inconscient et non pour le blesser et encore moins le tuer. 

De fait, une zone d'ombre persiste, ce qui ne permet pas de condamner Mohammed Taoussi pour homicide volontaire.

La défense rappelle que des lésions peuvent peut-être s'expliquer par la réanimation du garçon et qu'aucune trace suspecte n’avait été constatée par les ambulanciers.

Ces derniers sont d'ailleurs appelés par un voisin qui a été averti par Mohammed Taoussi. "Or, ce dernier aurait pu fuir au Maroc", expose Me Kauten.

La défense rejette également le portrait du monstre égoïste tiré par les avocates des parties civiles et de l'avocat général. Plusieurs professionnels, dont le service d'aide à la jeunesse, ont observé que le père de Wassim était collaborant pour prendre soin de son enfant.

Enfin, aucun élément concret ne justifie la circonstance aggravante du motif de haine ou de mépris.

"S'il a pu employer des mots maladroits (NDLR : insulte de gogol), rien n’induit une quelconque animosité qui puisse conclure à une haine". 

Fin du procès

Après cette journée décisive, une dernière se déroulera demain. Mohammed Taoussi, reconnu coupable, sera fixé sur sa peine ce vendredi.