Les agents du Département de la Nature et des Forêts sortent du bois. Entre les restrictions budgétaires et l'imposition de nouvelles missions, la coupe est pleine. Ils craignent ne plus pouvoir remplir leur mission de service public. Nous avons recueilli deux témoignages sous couvert d'anonymat.

Face au changement climatique et aux menaces d'incendie de forêt, le manque de moyens du Département de la Nature et des Forêts est revenu dans les débats du Parlement wallon. Pour la ministre wallonne Anne-Catherine Dalcq (MR), en charge de la forêt, les agents sont sur le terrain pour faire des rondes et prévenir les incendies. Une déclaration qui ne correspond pas à la réalité estiment deux agents du DNF que nous avons rencontrés.      

"C'est vrai que le DNF est présent. Moi, je suis sur le terrain. Mais je me sens bien seul, parce que nous sommes en pénurie de moyens humains, en pénurie de moyens matériels. Et les réalités de terrain que nous vivons au quotidien ne correspondent pas tout à fait aux discours politiques bienveillants qu'on entend".

Dans un compte rendu récent, la Fédération des agents forestiers estime qu'il manquera 174 agents au Département de la Nature et des Forêts à la fin de l'année, laissant vacant 20% des triages. Et avec 1 remplacement prévu pour trois départs, la situation ne devrait pas s'améliorer.

"Moi, je suis forestier depuis 30 ans et j'ai vu une dégradation considérable des moyens qui sont les nôtres. Et paradoxalement, parallèlement à ça, les missions, la charge de travail et la multiplication des compétences que l'on nous met sur le dos et des sollicitations qu'on reçoit n'a cessé d'augmenter".

En avril, la direction générale a revu à la baisse les missions du département. Pour préserver son personnel en sous-effectif mais également éviter les heures supplémentaires. Depuis le début des années 2000, les heures dites irrégulières soit avant 7h30 et après 18h30, doivent faire l'objet d'une autorisation du chef de service. Chiffres à l'appui, cet agent du sud de la province de Luxembourg a vu ses heures diminuer de moitié ces 10 dernières années. 

"Ça nous tient vraiment à cœur d'être présent en forêt quand on a besoin d'être présent en forêt. Ici, le dernier quadrimestre, il y a cinq semaines blanches. Donc cinq semaines pendant lesquelles il n'y aura pas d'agents qui vont tourner sur le terrain. Le téléphone restera dans la poche. Il y a une déviation téléphonique qui est faite. S'il y a un problème, on téléphone à notre ingénieur de garde et on lui demande si ça vaut la peine de sortir. Mais il n'y aura pas de prévention. Et en ce moment, ce n'est pas parce qu'il a plu une fois que le risque de sécheresse a disparu. Le vent est quand même toujours là. Et on voit qu'on est beaucoup moins présents sur le terrain".

Si la ministre wallonne de l'agriculture et de la Forêt a nié toute intention de démanteler le DNF. Une impression persiste chez ces agents, celle d'être empêchés de remplir leurs missions de service public, qui s'opposent régulièrement à des intérêts privés.

"Quand il y a des intérêts privés qui cherchent à drainer une zone humide, à arracher des haies qui les embêtent, à planter des essences productives ou de la culture dans des zones qui ne sont pas autorisées, comme en zone forestière par exemple, on est amené à verbaliser, à faire notre boulot qui ne plaît pas à certaines personnes. On a l'impression qu'on détricote ce service justement parce qu'on essaye de faire notre boulot. Et c'est ça qui pèse le plus. Il y a certains agents qui ont peur de faire leur métier, il faut être honnête avec ça. Ils doivent choisir entre ouvrir les yeux ou fermer les yeux parce qu'ils savent qu'il y aura des représailles derrière. Et donc, en tant qu'officier de police judiciaire, c'est compliqué".

Un sentiment renforcé récemment par un projet de re-spécialisation des métiers du Département de la Nature et des Forêts. Après des années passées à cultiver une approche à 360° ce serait emprunter le mauvais chemin estiment ces deux agents. Pour la Ministre Dalcq, il s'agirait seulement d'une piste de travail qui n'a finalement pas été approuvée, a-t-elle expliqué dans les colonnes de l'Avenir ce jeudi. Elle le confirmera de vive voix aux agents du DNF lors de la foire agricole et forestière de Libramont, où des mouvements d'humeur sont fort probables.