Le retour du froid vous a peut-être incité à refaire du feu dans la cheminée. Que faites-vous des cendres accumulées tout au long de l’hiver? Si vous les épandez dans votre jardin, attention. Selon une récente étude du centre de Michamps, certaines cendres contiennent des métaux lourds.
Si les cendres augmentent le ph des sols trop acides et apportent des minéraux, les cendres ne sont pas sans risque pour la santé.
"Certaines cendres peuvent être très chargées en métaux lourds. Il faut donc réduire la quantité que l'on met dans son jardin" alerte Richard Lambert, directeur du centre agro-environnemental de Michamps
Des métaux lourds ont en effet été retrouvés dans des potagers même en région rurale. Dans son étude, le Centre de Michamps remarque "parmi les particuliers qui ont fait analyser leur terre avec l'aide du projet Sanisol financé par la Région, certains ont découvert la présence de métaux problématiques et ont pu prendre des mesures pour réduire leur exposition."
"On s'est posé la question d'où pouvaient venir ces pollutions, indique Richard Lambert, directeur du centre agri-environnemental de Michamps. Il y a pas mal de gens qui se chauffent au bois dans la province et tous les ans, ils utilisent les cendres de bois comme fertilisant pour leur jardin et c'est comme ça depuis plusieurs générations. Alors, on s'est dit que c'était peut-être l'une des sources de la présence de métaux lourds dans les jardins."
Des teneurs en métaux lourds parfois 30 fois supérieures
Pour vérifier son hypothèse, le centre de Michamps a analysé une quarantaine d'échantillons de cendres de bûches et de pellets.
"Après analyse en laboratoire, on a eu des surprises. Certaines cendres avaient parfois des teneurs en métaux lourds 30 fois supérieures à la moyenne" révèle Richard Lambert, directeur du centre agri-environnemental de Michamps
Si le mercure est volatilisé lors de la combustion, tous les autres persistent et parfois assez fortement, comme le nickel (30 à 79% des échantillons au-dessus du repère indicatif UE) , le cadmium (58%), le zinc (53%), le cuivre (28%), le plomb (7%), peut on lire dans le rapport de Michamps. "L'industrie n'est pas la seule en cause : les pratiques de jardinage comptent aussi". Comme l'utilisation excessive de la bouillie bordelaise, les cendres épandues à répétition n'est pas conseillé. "Le problème n'est donc pas une poignée de cendres de temps en temps, mais les quantités excessives et leur répétition. Au potager, les apports se font souvent sur une petite surface, année après année, et parfois depuis plusieurs générations quand le jardin se trouve au cœur
d’un village."
Les métaux lourds restent longtemps dans le sol. Ces scientifiques prônent donc d'épandre ses cendres avec modération et uniquement si le sol en a besoin. Il faut donc régulièrement faire analyser la terre de son jardin.
Les bons réflexes
Le centre de Michamps conseillent de ne réserver au jardin que les cendres de bois naturel, non traité et non peint. Si le poêle a servi à brûler autre chose, direction la poubelle avec les déchets résiduels, et
pas dans les déchets compostables . De même, on écarte les cendres des feux où l'on a utilisé une bûche de ramonage. Il vaut mieux aussi laisser les cendres refroidir complètement et les stocker au sec car sous la pluie, elles perdent une bonne partie de leur potassium.
Avoir la main légère. Une poignée par mètre carré, soit environ 50 à 100 grammes par an, suffit largement. Ce n'est pas un engrais à épandre tous les ans au même endroit : on alterne les parcelles et on fait une pause de temps en temps. Si le sol est déjà calcaire, mieux vaut s'en
passer, tout comme au pied des plantes qui préfèrent la terre acide (rhododendrons, azalées, myrtilles, bruyères). Le plus simple, c'est de répartir les cendres au compost, en fine couche et en petite quantité, ou au pied des arbres fruitiers et des plantes ornementales, plutôt que directement sur les planches de salades.