Judiciaire

Assises : la défense plaide l'accident et donc, l'homicide involontaire

Assises : la défense plaide l'accident et donc, l'homicide involontaire
 Publié le lundi 28 juin 2021 à 21:51 - Mis à jour le mardi 29 juin 2021 à 22:26    Arlon - Province - Virton


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La défense a plaidé, l’accusé aura la parole demain à 9h00 et le jury se retirera ensuite pour répondre aux trois questions qui lui sont posées. La première porte sur l’homicide avec intention de donner la mort, faits qualifiés de meurtre. La seconde pose la préméditation. En cas de réponse positive, l’accusé serait alors coupable d’assassinat. Enfin, s’ils répondent « non » à la première question, les 12 jurés devront répondre à la question numéro 3, qui porte sur l’homicide involontaire, thèse retenue par la défense.

Pour la défense, Me Luc Balaes a entamé sa plaidoirie sur cette thèse rappelant que son client cherche lui aussi à connaître la vérité depuis les faits mais que sa mémoire reste muette. « On a dit qu’il n’avait pas émis de regret mais il existe une différence entre le ressenti et l’expression. M. Flammang peut paraître bourru, abrupt, ce n’est pas pour ça qu’il est privé de cœur. »

« Comme votre rôle est difficile », a-t-il poursuivi à l’attention des jurés, rappelant que la charge de la preuve incombe à l’accusation et donc à l’avocat général, ici Marianne Lejeune, et aux parties civiles, représentées par Me Lisiane Brackman.

« Les accusations d’assassinat supposeraient que l’on vous démontre, au-delà de tout doute raisonnable, que l’accusé avait pris ses dispositions pour s’assurer qu’en plongeant sa voiture dans le lac il savait qu’il s’en sortirait et que Raymond Lochet y resterait. »

Me Balaes dénonce de la part de l’accusation « de nombreuses suppositions, de nombreuses hypothèses… » Il prend pour exemple l’affirmation du conseil des parties civiles qui déclare « il jubile sur la berge » et interroge les jurés : « quel élément le démontre ? »

A ce moment, son client ne peut s’empêcher de lâcher « c’est un film », aussitôt repris par le Président, Philippe Gorlé : « Vous êtes incorrigible, vous interrompez même votre propre avocat ! » Un président qui dès lundi dernier, lors de l’instruction d’audience, avait mis en lumière un pan de la personnalité de l’accusé : poussé face à ses contradictions, il a tendance à s’énerver. Enfin, Me Balaes relève qu’au niveau de la préméditation, les parties civiles et l’avocat général n’apportent pas la même réponse temporelle. Il a beau jeu de rappeler alors que « la préméditation, tout comme l’intention homicide, doivent être démontrées… »

Me Morgane Weyders, dont c’est la première cour d’assises, poursuit en rappelant les éléments factuels du premier procès-verbal : l’accusé est hagard, tient des propos incohérents, est trempé. Ce qui rappelle-t-elle correspond à l’enregistrement de l’appel aux secours.

Elle s’attaque ensuite à un gros morceau : l’analyse par les enquêteurs des reflets sur l’eau du lac des phares de la voiture de l’accusé le soir des faits. Une caméra de surveillance située sur la terrasse de la Paillote gaumaise a en effet enregistré, dans un coin de son champ de vision, ces reflets d’une scène qui se passe à 300 mètres de là… Selon Me Weyders, « un pixel représente le faisceau de deux phares donc deux mètres et l’on veut prouver que l’accusé s’est arrêté à 4 mètres 40 de la berge et a fait une marche arrière de 2 mètres 20 ? »

Les enquêteurs ont produit un travail colossal sur cet enregistrement, aidés par l’expert Dominique Joblin et par un policier, spécialiste des enregistrements vidéo, venu de Bruxelles. Et quand ils ont comparé les analyses de l’expert et l’enregistrement des reflets, ils démontrent que le véhicule s’est engagé sur la berge, a ensuite marqué un temps d’arrêt, a fait brièvement marche arrière avant une nouvelle pose, puis s’est élancé dans l’eau. Mais pour la défense d’Eric Flammang, trop de doutes subsistent sur ces conclusions. « Lors de l’évocation, avait-on la même phase de lune que le jour des faits ? Le niveau du lac était-il exactement le même ? » Etc.

Peu avant 15h00, Me Marc Kauten pend alors la parole avec une formule choc dont il est coutumier : « Les certitudes de la partie civile et de l’avocat général sont nos incertitudes à nous, du côté de la défense ! »

Pointant son client : « Est-il assez bête pour commettre ces faits à la veille de l’audience du tribunal pour le viager ? Il devait savoir qu’il serait alors le premier à être cuisiné par les enquêteurs ! »

Pour l’avocat, la traversée de la berge a duré moins de six secondes. Ayant bu et étant sous l’influence cumulée de médicaments pour certains desquels il est fortement déconseillé de consommer de l’alcool, son client s’est assoupi durant ce court laps de temps et se réveille alors que la voiture est déjà dans le lac. C’est donc, pour la défense un homicide involontaire.

Les répliques s’enchainent après une courte pause et chaque partie maintient sa position. L’accusé prendra la parole en dernier, comme le veut la loi. Ce sera demain à 9h00, ensuite, le jury se retirera pour délibérer sur la culpabilité.

David Pierson